
En observant l'agitation, on peut voir de belles choses : Jérémie Rénier et Jean-Luc Couchard qui se lancent des coups de langue enflammés, la belle Mélanie Laurent qui se pose à une table la clope au bec, Florence Foresti qui arrive à la bourre en lançant des vannes à tout ce qui passe (en causant accessoirement de son amitié tumultueuse avec Julia Roberts qui, selon ses termes, « n'arrête pas de l'emmerder en la harcelant sur son portable »). Dans tout ce joyeux bordel, le réal Oliver Van Hoofstadt et le scénariste Olivier Legrain ont l'air agréablement déphasé. Monstres de méchanceté ? Non, jeunes autodidactes qui ont envie de rire de l'absurde existence. Ça tombe bien : que ce soit en interview ou dans leur comédie grivoise, ils s'en donnent à coeur joie. Même que lorsqu'il est de bonne humeur, Olivier Legrain peut t'imiter à la perfection Catherine Jacob. Sans déconner.

Excessif : Avez des souvenirs de comédies cruelles comme celles de Jean-Luc Trotignon ou Patrick Schulmann ?
Oliver Van Hoofstadt : Schulmann, le compositeur ? Comme Et la tendresse, bordel ? Avec le moustachu suisse !
Oui, Jean-Luc Bideau...
OVH : Il m'a bien fait bien rire dans Les portes de la gloire. Pour le film, on ne s'est pas tellement inspiré d'autres films, plus de gens que l'on connaissait et de nous-mêmes.
Olivier Legrain : Il y a des gens de mon quartier qui jouent dans Dikkenek. Par exemple, le mec qui tient le musée des accidentés de la route est mon voisin. Il boit 60 bières par jour. On avait envie de le changer de crémerie. Je lui ai dit : « viens sur un plateau de cinéma, ça te changera, tu ferais autre chose que boire ».
Comment écrivez-vous ?
OL : En rigolant avec un bic et en tondant la pelouse, je vous assure, ça inspire.
OVH : On était embêté parce qu'on était endetté jusqu'au cou. Ça prend du temps pour écrire un film. On n'avait pas les moyens de prendre le train au début alors on faisait du stop en voiture. On était comme des gueux. Il y a un côté bricolo dans le film mais on ne voulait pas que ce soit consensuel. On a tout fait pour ne pas avoir de prix. J'espère que ça se voit dans le film.
OL : C'est un travail de quatre ans donc on a eu le temps de galérer.

Est-il facile de monter un film comme celui-là en Belgique ?
OVH : Ça s'est passé un peu comme dans un conte de fées rien que pour l'aide de Besson qui m'a fait confiance. En fait, on a pris le problème à l'envers. On ne s'est pas dit comment on allait trouver un producteur, on s'est dit d'abord agissons, travaillons, faisons ce que l'on a envie de faire ; après, on ira le présenter. On avait un storyboard de 1600 dessins, des photos des lieux où on voulait tourner, des idées de costumes, de bagnoles. On les a montrés aux acteurs directement et on était déterminé à le faire quoiqu'il en coûte. Et quand vous êtes obstinés à faire quelque chose, personne ne peut vous arrêter. En revanche, il y a des barrières financières. En Belgique, on s'est dit qu'ils ne le financeraient pas parce qu'ils n'ont pas de sens de l'humour ou du moins que ça n'avait aucune chance de les faire marrer.
OL : Je ne sais pas si montrer un bosniaque handicapé peut faire poiler...
OVH : Ou si du champagne qui coule à flots avec l'argent du contribuable aurait été suffisamment politiquement correct. Maintenant, les frères Dardenne c'est très bien mais je me suis toujours considéré comme un autodidacte, dès lors que j'ai réalisé mes courts-métrages en trouvant l'argent via ma société.
Vos courts-métrages étaient-ils dans la même veine ?
OVH : Assez, oui.
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