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CINE : COMME TOUT LE MONDE

CINE : COMME TOUT LE MONDE

Les anglo-saxons un peu snobs adorent utiliser une expression française qui fait forcément chic quand elle est déclamée avec un petit accent : le fameux « déjà vu » (prononcez « deeeejà viou »). Le film de Pierre-Paul Renders possède ce petit air de déjà vu, si ce n'est dans son traitement, tout du moins dans le sujet abordé. Difficile de ne pas penser à The Truman show ou à Brazil. Mais pour se démarquer d'aussi prestigieux prédécesseurs, il faut savoir prendre des risques, aller là où on ne vous attend pas. Sinon, il ne s'agit plus que d'enfoncer des portes ouvertes.

COMME TOUT LE MONDE
Un film de Pierre-Paul Renders
Avec Khalid Maadour, Caroline Dhavernas, Gilbert Melki, Thierry Lhermitte, Chantal Lauby
Durée : 1h30
Date de sortie : 21 Juin 2006

comme tout le monde


Jalil est exceptionnel parce qu'il est... comme tout le monde. Cette caractéristique plutôt cocasse lui permet de remporter un jeu télévisé. Mais derrière les paillettes du show tv se cache une machination visant à étudier ses moindres faits et gestes.

Bien souvent, les comédies servent d'enrobage destiné à pointer les travers d'une société. Rien n'est plus efficace que le rire pour vilipender des moeurs discutables. Comme tout le monde joue ce rôle de satire sociale sous forme de comédie. Même si le réalisateur se défend de vouloir passer un message quelconque, il s'agit bel et bien d'une critique évidente de la télé réalité et surtout de la société de consommation. Et c'est justement trop évident. Tout cela manque cruellement de subtilité. L'histoire se suit avec facilité, la trame narrative s'avérant limpide. A priori une qualité, mais qui se transforme en défaut, tant le conformisme narratif et de mise en scène installe le film dans une sorte de confort qui n'aura pour effet que de diminuer la portée du propos. Un décalage se crée inéluctablement entre le train-train gentillet du scénario, jamais surprenant, et la subversion du sujet traité. Les petits plats sont mis dans les grands, et ça se voit.

comme tout le monde


Là où The Truman show laissait un goût délicieusement amer, là où Brazil permettait de s'échapper par les rêves tout en décrivant froidement notre réalité, Comme tout le monde se contente de suivre les codes de la comédie romantique dans un film possédant pourtant une toute autre ambition (qu'il le veuille ou non). Une romance se greffe ainsi sur le scénario, cahier des charges oblige. Pire, en plus d'être prévisible, elle n'apporte rien au propos, et ralentit l'histoire. Comme tout le monde s'enfonce dans une légèreté mielleuse et gentillette, au lieu d'aller jusqu'au bout du cynisme.

comme tout le monde


Pour faire mouche, il eut fallu éviter le consensus de la comédie romantique de base, mais également ne pas s'égarer dans des piques faciles et gratuites sur la condition d'homme politique par exemple. Car en plus de s'éloigner du sujet d'origine, le réalisateur donne presque l'impression de vouloir régler ses comptes avec la classe politique. Pourquoi pas, mais ce n'était pas vraiment le film pour ça. Thierry Lhermitte ne semble d'ailleurs pas franchement concerné par son rôle de président de la République et assure le minimum syndical. Seul vrai point sympathique du film, le duo formé par Chantal Lauby et Gilbert Melki. Ils sont les seuls à se détacher du conformisme ambiant, en jouant habilement sur la retenue et le côté méprisant de leurs personnages. Mais cela ne suffit pas à masquer le manque d'audace de l'ensemble. A noter tout de même une déviance à la fin vers un concept limite fantastique que le réalisateur aurait peut-être gagné à développer. Dommage.

Laurent Tity

  

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