
Qu'on le dise à tous ceux qui auraient la malchance de ne pas la connaître : le CV de Mélanie Laurent arbore mine de rien quelques jolies choses comme Embrassez qui vous voudrez, de Michel Blanc (le film qui l'a révélée) ou encore De battre mon coeur s'est arrêté, de Jacques Audiard, dans lequel elle fait une apparition brève mais marquante. Entre temps, elle a notamment joué dans un film faussement mineur: Le dernier jour, de Rodolphe Marconi, une chronique adolescente aussi dépressive que radicale sur fond d'ambiguïté sexuelle, d'incertitudes universelles et de doutes latents où elle recroisait Gaspard Ulliel et se déhanchait sur le Another Brick du groupe Fake. Aux antipodes d'une chronique adolescente frivole, l'émotion était présentement nue ; la tonalité, grave. Le style, dépouillé de tout artifice comme pour refléter l'environnement clinique et étouffant du personnage, fait de mensonges, de frustrations, de désirs et de secrets. Il y avait chez Marconi une rage, une maladresse, une colère qui ne pouvaient rester sans écho. Il y avait beaucoup de vécu qui transparaissait à l'écran. Il y avait Gaspard Ulliel bien sûr, stupéfiant, fascinant, indiscutable. Et il y avait Mélanie, encore plus mystérieuse que le mystère ambiant. Mais comment fait-elle pour impressionner les rétines? Réponse encore plus mystérieuse.

Mélanie Laurent et Gaspard Ulliel dans LE DERNIER JOUR

Mélanie Laurent dans Dikkenek
Contrairement à bon nombre d'actrices qui seraient prêtes à tout accepter pour qu'on parle d'elles (des noms?), Mélanie, elle, n'est visiblement pas une actrice carriériste ou même soucieuse d'être constamment à l'écran. C'est peut-être pour cette raison qu'elle nous plaît: «Je ne reçois pas des tonnes de scénarios mais je suis très exigeante. Je ne suis pas une boulimique. Je n'adorerais pas travailler toute l'année. J'éprouve le besoin de respirer parce que je fais plein de trucs à côté. Ça ne m'ennuie pas de ne pas tourner pendant des mois. Je sais qu'il y a beaucoup de comédiennes qui angoissent dès qu'elles n'ont pas un projet de prévu. Je veux faire avant tout des films dont je pourrais être fière après, même si on ne sait jamais ce que cela va donner.» Sa première réaction à la lecture du scénario de Dikkenek? «Qu'est-ce que c'est que ce film? De manière très positive. J'étais très contente de m'engager dans un film aussi barré. J'ai l'impression que c'est une comédie barge d'auteur. On ne comprend pas toutes les vannes mais à la lecture, il y avait des répliques entières hallucinantes. C'est tellement différent des comédies françaises où on sait où ça va. Là, on est dans un truc très cruel et acide mais avec de vrais pans de dialogues. Après, sur le tournage, il y avait une part d'improvisation de chacun qui était énorme mais on est parti avec une base où il y avait beaucoup de choses à développer.»
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