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LE COIN DU CINEPHILE: SECONDS (JOHN FRANKENHEIMER)

Seconds, connu sous le titre français L'opération diabolique, est l'un des sommets du réalisateur John Frankenheimer. Réalisé quatre ans après Un crime dans la tête, cet opus a contribué à faire émerger un nouveau genre (la politique-fiction) et souligner l'obsession du cinéaste pour les univers mentaux et les transformations physiques. A la lisière d'un cauchemar sans fin amplifié par la formidable bande-son de Jerry Goldsmith, cet opus qui emprunte les sentiers de Kafka et de ses métamorphoses propose une déclinaison du mythe de Faust pourvue d'effets visuels révolutionnaires, d'une thématique foisonnante et d'un Rock Hudson comme on ne l'a que très rarement vu. Brillantissime.



"Les films qui proposent de broder autour du mythe de Faust ne sont pas si fréquents, malgré quelques exceptions notables. Seconds est l'un des meilleurs parce que simple ou ténébreux quand il le faut mais toujours maître de son sujet et jamais à côté de la plaque."

Dès son générique, sorte de marche funèbre où les images révèlent un visage sous toutes ses coutures, ce film étrange impose un ton élégiaque à grands renforts de déformations expressionnistes et de lumières baroques dues au chef-opérateur James Wong Howe, pour beaucoup dans la réussite de Seconds. Et se poursuit dans cette même impression inconfortable de rêve dans le rêve, de cauchemar éveillé, de songe faussement éteint où la superposition de mondes parallèles oppresse et des personnages que l'on pensait disparu reviennent par le plus étrange des hasards. En adoptant le point de vue du protagoniste (et donc ses douleurs, ses montées de stress, ses surprises, ses angoisses), Frankenheimer, qui use ici du pessimisme made in Gilliam avant l'heure de Brazil, bidouille sa mise en scène pour que tout son grand huit ressemble à une expérience sensorielle. Résultat tangible dès les premières bobines où le cinéaste invente un effet moderne: la Snory-Cam, équivalent de la Steady-Cam que l'on attache sur l'acteur et qui donne cette impression étrange que la caméra colle au corps et à la psychologie du personnage.



Artiste si souvent sous-estimé, Frankenheimer peut se targuer d'être le premier à avoir utilisé cette technique. Egalement en avance sur son temps, l'autrichien Gerald Kargl l'a exploité extraordinairement dans Schizophrenia pour instiller le malaise et mettre en forme le parcours de son tueur en série qui récuse toute morale comme psychologisme. Aujourd'hui, cet artifice visuel est tendance et s'avère fréquemment repris dans les milieux de la pub et du clip. Le cinéaste actuel qui s'en sert à meilleur escient est Darren Aronofsky. Il jure avoir découvert Seconds après avoir réalisé Pi, oeuvre dégénérée qui donne l'impression d'avoir été davantage inspirée par Tsukamoto et son Tetsuo; mais, le jeune virtuose réutilisera cet effet dans Requiem for a dream qui emprunte par ailleurs des idées précises à Seconds (revoir la scène finale de Seconds pour comprendre). Loin de se résumer à une coquetterie visuelle, ce procédé permet à Frankenheimer d'appuyer que quelque chose d'oppressant va étreindre un pauvre personnage qui ne demandait jusqu'ici rien à personne. Ce bonhomme, c'est Arthur Hamilton, un riche banquier vieillissant, qui se fourvoie dans un quotidien aussi douillet que pâlot. Jusqu'au jour où un quidam dans une gare le suit et lui donne un papier avant que les portes du train ne se ferment. Sur ce billet, une mystérieuse adresse. Irruption de l'extraordinaire dans l'ordinaire ? Intrusion du fantastique dans le réel ? Probable. A moins que ce ne soit qu'une fausse piste (ou la mort en personne).

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HellJohn haaaaaa, John Frankenheimer...    27 juin
 


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