

MICHAEL, FREDDY & JASON
Qu'on se le dise : le Boogeyman n'est pas qu'un fantasme typiquement américain (Le Père Fouettard, chez nous). Tout donne à penser que le boogeyman n'est qu'une variation autour du "grand méchant loup", un personnage mystérieux et inquiétant issu des contes. En cela, est-ce que La nuit du chasseur peut être considéré comme l'un des premiers films de boogeyman ? Comme l'ogre, le croquemitaine se doit d'éveiller la méfiance des enfants afin de les rendre plus dociles. Les trois grandes figures du boogeyman au cinéma se prénomment Michael Myers (qui veut tuer sa soeur), Freddy Krueger (dans la série du même nom et incarné par l'inénarrable Robert Englud) et Jason Voorhees pour trois films cultes : les respectifs Halloween, la nuit des masques, Griffes de la nuit et Vendredi 13. Soit un frère timbré qui a subi un lourd trauma, un cramé dont les griffes sont des lames de rasoir qui vient hanter les rêves d'adolescents et un débile castré par sa maman qui zigouille sans réfléchir tous les quidams qui croisent son chemin. En ce qui concerne Halloween, le premier volet d'une longue série a permis la découverte de Jamie Lee Curtis, estampillée Scream Queen de John Carpenter (qui selon les rumeurs incarnait lui-même par intermittences le tueur sous le masque dans son film), et d'un tueur inhumain qui traque des ados pendant la fête d'Halloween. Le classicisme absolu du film de boogeyman. Les méchants des Vendredi 13 ou Scream sont des assassins, souvent masqués, qui tuent leurs victimes à l'arme blanche. Mais c'est essentiellement le sentiment d'angoisse ambiante et non la personnalité du tueur qui provoque la peur. Des contes modernes, comme la tétralogie d'Alien (au moins le premier Alien - Le huitième passager) ou la série des Dents de la mer recherchent l'effet inverse. Dans ces cas précis, la peur qu'il engendre vient de son caractère monstrueux et bestial. Le spectateur de ces films adopte le point de vue d'un enfant désarmé que les évènements dépassent, face à un ennemi physiquement plus grand et plus fort que lui.

L'idée d'une réunion entre Freddy et Jason, deux des plus illustres figures de boogeyman, était passionnante mais à l'arrivée, le film Freddy versus Jason de Ronny Yu (en attendant le Freddy versus Jason versus Ash) reste en deçà des espérances. Une manière de faire du neuf avec de l'ancien, sans pour autant cracher dans la soupe redevenue populaire de la série B horrifique qui, après une période de cynisme acidulé (Scream, de Wes Craven) et un retour au premier degré jouissif (Jeepers Creepers, de Victor Salva) ne cesse d'inventer des formules gagnantes.

Le film bénéficie du savoir-faire, de la mise en scène (simple mais efficace) de Ronny Yu, spécialiste du genre, à qui l'on doit notamment La fiancée de Chucky, l'hilarant quatrième volet des aventures de la poupée maléfique et de sa copine. Bourré de clins d'oeil (l'Hypnocil, une drogue qui supprime les rêves des consommateurs, déjà évoquée dans le troisième volet de Freddy), les plaisirs coupables (beaucoup de jolies filles en tenue très légère) et de séquences lourdement chargées en hémoglobine (attention les yeux), cet épisode ne réjouit par intermittence les fans du «tch-tch-tch-ah-ah-ah» et de ce bon vieux cramé mégalo risquent de remercier mille fois ce cher Ronny Yu pour leur avoir fait prendre un pied comme c'est plus permis. C'est déjà beaucoup. Dans un registre différent, La nuit du chasseur, de Charles Laughton, propose un boogeyman à visage humain que l'on retrouvera par exemple dans le formidable L'autre rive, de David Gordon Green. A l'époque, Laughton voulait supprimer toute notion de réalisme pour organiser les images sublimes d'un cauchemar éveillé. Composé de figures religieuses, de personnages sortis de contes, amplifiés par des jeux d'ombres et de lumières, le film propose l'un des premiers boogeymans : un croquemitaine annoncé par son ombre et un thème musical propre. Son habit de prêcheur est un leurre : il s'agit du diable en personne. L'enfer devient alors un pavé de bonnes intentions.

CANDYMAN, CREEPERS ET AUTRES AVATARS
Hautement mésestimé alors qu'il peut aujourd'hui faire office de parangon du genre, Candyman est une excellente série B réalisée par le trop rare Bernard Rose. Si les deux sequels qui suivront ne sont guère convaincantes, le film repose sur un boogeyman très charismatique (excellent Tony Todd) qui est un fils d'esclave mutilé, revenu en tant qu'esprit pour infliger des sévices mentales et corporels à tout ceux qui doutent de son existence et donc des mythes en général. Son passé est explicité dans le second volet. Le premier se contente de distiller le mystère, de creuser la peur sourde, avec une protagoniste téméraire et tragique incarnée par la géniale Virginia Madsen. Pour le faire apparaître, il suffit de prononcer son nom plusieurs fois devant une glace. Le gimmick est excellent parce qu'il pousse le spectateur à faire la même chose tout seul chez lui. L'atmosphère est très oppressante et très angoissante en confrontant un contexte urbain a priori peu propice aux débordements surnaturels et la part imprévisible de fantastique. Dépourvu du moindre opportunisme, une grande réussite.
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CINE : BOOGEYMAN
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