
IL ETAIT UNE FOIS... LA NUIT DES MORTS VIVANTS
Un film de George A. Romero
Avec Duane Jones, Karl Hardman, Marilyn Eastman, Kyra Schon
Durée : 1h35
La planète est en alerte ! On soupçonne un satellite irradié d'avoir des effets néfastes sur la terre. En effet depuis quelques heures les morts reprennent vie et dévorent les vivants. Dans le chaos général, un petit groupe de survivants tente de se barricader dans une ferme coupée du monde. Dehors, des centaines de zombies s'amoncellent devant leur porte...
Années 60, l'Amérique est folle et il y réside comme une odeur de souffre dans les médias : On abat le président devant une caméra, la guerre du Viêt-Nam gagne du coup l'aval général et les clichés n'auront de cesse de nous parvenir avec exécutions notoires et entassements incessants de cadavres destinés à brûler comme s'il ne s'agissait que de vulgaires carcasses d'animaux. George Romero fait partie de cette jeune génération d'artistes à qui l'on demande de se bâillonner. Des gens comme Tobe Hooper, John Carpenter ou Wes Craven, soit de petits jeunes dont personne ne se soucie, à qui l'on ne demande que d'accepter l'inacceptable et de continuer à se fondre dans la masse et perpétuer chacun dans son foyer le rêve américain tel qu'il l'est vivement conseillé dans les paroisses locales. Pourtant ces quelques messieurs trop tranquilles n'ont pas envie de se taire, et seront étrangement bafoués à cause de la violence de leurs films par ceux qui les ont inspirés. Une petite troupe de génies à qui il aura néanmoins fallu une bonne vingtaine d'années pour se faire entendre et comprendre par le plus grand nombre.

Et il est pourtant vrai que ce brave George n'a fait que se servir dans ce qu'on lui donnait pour concocter sa Nuit des morts-vivants. Une bande de décérébrés déambulant pour suivre bêtement un attroupement, des égoïstes qui n'ont pour seule motivation que leur propre survie, quitte à sacrifier celle des autres, et surtout des gros cons en pagaille qui tirent sur tout ce qui bouge sans chercher à savoir s'ils dégomment du bon ou du mauvais ! Incroyable, un portrait aussi lucide de l'Amérique qui tient encore la route aujourd'hui... Un thème somme toute simple qui nous renvoie pourtant à la connerie débordante qui nous encercle tous, à laquelle nous participons en grande partie et qui remet même en doute le sens de notre propre existence. Et oui, pourquoi lutter pour notre propre survie lorsque l'on est condamné à périr de toute façon ? Le cinéaste pousse ici le bouchon plus loin : pourquoi chercher à tuer une armée de morts, puisqu'ils le sont déjà, et lutter dans une bataille perdue d'avance puisque les pertes d'un camp deviennent automatiquement les alliés de l'autre ? Une interrogation perpétuée la décennie suivante dans Zombie où l'on pousse l'intérêt de la survie dans un milieu rempli d'offrandes, et où l'on se demande si ça vaut le coup de vivre plus longtemps tant que l'on a de quoi s'amuser. Un matérialisme qui sonnera d'ailleurs le glas d'un premier cycle puisque mort, l'être humain renaît avec ses instincts les plus primaires et réapprend à marcher, manger et éventuellement communiquer. Difficile de savoir s'il s'agit alors d'évolution ou de régression.

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