
DOSSIER : LES MEILLEURS FILMS DE PIRATES
Tout sur PIRATES DES CARAIBES : JUSQU'AU BOUT DU MONDE - La Critique - Photos - Le 2006-07-28 11:07:48
1. Capitaine Blood (1935)
De Michael Curtiz avec Errol Flynn
A une époque où les gangsters, les danseuses et les comiques de scène dominaient le grand écran, l'année 1934 vit le succès surprise de L'île au trésor (voir plus loin) et du Comte de Monte Cristo. La Warner capitalisa sur le retour au swashbuckler avec ce qui n'était au départ qu'un projet de seconde zone, tiré d'un roman de Rafael Sabatini déjà adapté en 1924, et porté par le visage d'un acteur australien inconnu : Errol Flynn (les stars masculines d'alors, Frederic March, Robert Donat, Howard Brent ou Leslie Howard, avaient poliment fait connaître leur désintérêt).
Plus ou moins livré à lui-même, le réalisateur Michael Curtiz, qui n'avait pas vraiment eu l'occasion d'oeuvrer ouvertement dans le spectaculaire depuis ses premiers films autrichiens, fut pris d'une crise aventuresque aiguë. Ses mouvements de caméra, ses jeux d'ombres, son utilisation mathématique et épurée de chaque recoin de décor, couplés à une influence manifeste du baroque européen dans les séquences en Jamaïque (visages en sueur, vêtements déchirés, compositions surchargées en profondeur, effets de miroir pour suggérer les reflets de l'eau etc.) allaient définitivement marquer le genre. Cette frénésie esthétique fut telle, et nécessitait tellement d'efforts au tournage, que le producteur Hal Wallace dut rappeler au cinéaste de ne pas oublier de filmer quelques gros plans des visages de comédiens ! Pourtant, la direction d'acteurs fut suffisamment impressionnante pour que le jeu de Flynn s'améliore à une vitesse supersonique. Impressionné, le studio finit même par réclamer que ses toutes premières séquences soient retournées.

Intégralement tournées en studio, les séquences d'abordage furent conçues en maquette et en rétro-projection (effets aujourd'hui visibles, mais diablement impressionnants pour leur époque) tandis que les combats à l'épée furent confiés au bon soin de Fred Cavens, premier grand maître épéiste à oeuvrer à Hollywood. L'acteur Basil Rathbone, spécialisé dans les figures de bad guy, avait été formé par Cavens et maîtrisait admirablement le tempo et la gestuelle. Flynn, d'un naturel gracieux, fut quant à lui initié en quatrième vitesse, et c'est véritablement Rathbone qui le guide dans leur magnifique duel final en bord de mer. Cerise sur le gâteau, ce qui était déjà devenu un film d'aventure de très haut standing fut catapulté vers les étoiles par la partition d'un exilé autrichien surdoué : Erich Wolfgang Korngold. Ne bénéficiant que de trois semaines pour écrire plus de deux heures de musique, ce dernier insista pour que les arrangements soient attribués dans le générique au compositeur Franz Liszt, alors que, dans l'urgence de son travail, il ne lui avait en fait emprunté que quelques couplets.
Bien que n'apparaissant pas dans les priorités du studio, Capitaine Blood fut un succès fulgurant, scellant la carrière du trio Michael Curtiz-Errol Flynn-Olivia De Havilland sur plusieurs films ultérieurs (Les Aventures de Robin des Bois, La Charge de la brigade légère, La Piste de Santa Fé) et confirmant que le public de la Dépression était dorénavant prêt à repartir à l'aventure.

Il fut un temps question que John McTiernan réalise un remake de ce joyau, sur un script de Jonathan Hensleigh (Die Hard 3), mais en 1995, la boursouflure harlinesque de l'Ile aux pirates condamna tout projet swashbucklesque pour plusieurs années (le Mistress of the Seas de Paul Verhoeven fut stoppé net à cette même époque)
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