LE COIN DU CINEPHILE EROTIQUE : LA CLE
"Pour Tinto Brass, réalisateur transaplin spécialisé dans le carré rose, le cinéma revient à accoucher ses fantasmes sur le papier et les reproduire avec une intensité décuplée sur grand écran. Sa bonne idée consiste à nous les faire partager."
Depuis toujours, Tinto Brass, manipulateur retors, a aimé repousser plus loin les limites de la représentation du sexe à l'écran. Ne serait-ce que dans Caligula, peut-être son oeuvre la plus connue parce que la plus accessiblement scandaleuse, où il filmait des bacchanales suprêmes en incrustant, dans sa version intégrale, des inserts porno sans que les acteurs soient au courant (Malcolm Mc Dowell ne s'en est toujours pas remis). Avec La clé, il essaye de paraître substantiel en plaçant perversement sa caméra pour que le spectateur déguste tous les détails et ait la trique. En 1940, à Venise, une femme s'offre à son gendre pour combler les fantasmes de son mari, vieux libertin à la santé défaillante. En somme, autopsie du mécanisme tordu de l'amour comme bien d'autres seront intéressés d'en causer plus tard (Breaking the waves, de Lars Von Trier, s'intéressait au cas d'une ingénue qui donne son corps à d'autres hommes pour nourrir les fantasmes de son mari impotent). Voilà un film qui a de quoi titiller les stimulis somatosensoriels. La clé est effectivement une oeuvre cul et surtout cul-culte. Pour Tinto Brass, réalisateur transaplin spécialisé dans le carré rose, le cinéma revient à accoucher ses fantasmes sur le papier et les reproduire avec une intensité décuplée sur grand écran. Sa bonne idée consiste à nous les faire partager.
Dans La clé, il transpose l'oeuvre de l'écrivain japonais Junichiro Tanizaki dans l'Italie d'avant-guerre. L'action se déroule idéalement à Venise, cité quasi-mortuaire fréquemment utilisée au cinéma, où les désirs, les affects, les sens et les meurtrissures se cognent dangereusement (cf. Ne vous retournez pas, de Nicolas Roeg; Etrange Séduction, de Paul Schrader; Mort de Venise de Visconti). En empruntant la forme des journaux intimes qui se chevauchent (d'où un recours à la voix-off justifié), son film possède une structure à la fois littéraire et libertine qui s'autorise toutes les audaces, notamment stylistiques que ce soit dans les cadres ou l'utilisation du miroir, figures récurentes du cinéma de Brass (on verra notamment ça dans deux autres opus qui appartiennent au même sillage que La clé mais en plus explicite et moins bon : Miranda et All Ladies do it).
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