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CINE : WORLD TRADE CENTER

CINE : WORLD TRADE CENTER

Plutôt qu'un film sur le 11 septembre, WTC est avant tout un film de survie. Le résultat, bien que surprenant de la part de Stone, est par moments très émouvant. On pardonnera les quelques maladresses inhérentes au manque de recul.

Cédric Muffat 8
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Célébré pour ses charges anti-américaines, Oliver Stone revient sur le devant de la scène avec un film inattendu. Un hommage aussi modeste que courageux à ces Américains meurtris, ceux qui ont vécu l'attaque terroriste sur les tours jumelles du World Trade Center. Si Stone laisse ici tomber le poil à gratter et la provocation qui ont fait sa réputation, il n'en continue pas moins de faire ce qu'il a toujours fait : regarder ses compatriotes au fond des yeux. Résultat : peut-être pas un grand film stonien mais assurément un beau film, porté par un casting en état de grâce et une mise en scène franche, qui ne prend jamais la pose et qui n'élude pas son sujet.

WORLD TRADE CENTER
Un film d'Oliver Stone
Avec Nicolas Cage, Michael Peña, Maggie Gyllenhaal, Maria Bello, Jay Hernandez, Michael Shannon, Stephen Dorff...
Durée : 2h15
Date de sortie : 20 septembre 2006

11 septembre 2001. Au petit matin, le sergent John McLoughlin et la nouvelle recrue Will Jimeno, tous deux membres de la brigade de police portuaire de New York, se lèvent et quittent leur famille pour aller travailler. La journée s'annonce routinière, avec son lot d'ennuis et de satisfactions, lorsque soudain un avion vient s'écraser contre l'une des tours du World Trade Center. Aussitôt, l'ensemble de la brigade du sergent McLoughlin est mobilisé et convoyé sur les lieux du drame. Là, au milieu du chaos le plus total, et tandis qu'ils viennent d'apprendre qu'un deuxième avion s'est crashé dans la seconde tour jumelle, les policiers font ce qu'ils peuvent pour être utiles. A la tête d'une petite poignée d'hommes, parmi lesquels Jimeno, McLoughlin s'engouffre dans le hall principal du WTC et envisage de monter dans les étages de la première tour lorsqu'il reçoit un appel paniqué d'un supérieur qui lui intime l'ordre de sortir au plus vite du bâtiment. Trop tard, la première tour s'écroule sur elle-même, engloutissant McLoughlin et ses hommes...


Vol 93 avait fait l'effet d'un coup de poing. Se taillant une réputation de film respectable, le docudrama de Paul Greengrass refusait au maximum de fictionnaliser ce qu'il montrait. D'où son impact évident, mais d'où également un effet immédiat qui ira sans doute en s'estompant au fur et à mesure des visionnages. Le World Trade Center d'Oliver Stone, lui, est en train de se faire déchirer par notre bonne presse et ne rencontre pas le succès escompté de l'autre côté de l'Atlantique parce qu'il a fait le pari autrement plus captivant du cinéma. Parce qu'il aura tenté, contre l'avis de ses contemporains et des gardiens de la morale esthétique, de raconter son histoire en se servant de tous les artifices cinématographiques à sa disposition (musique, photo, sens de l'image...), Stone va être stigmatisé par tous les bien-pensants qui n'acceptent pas que l'on fasse du cinéma (entendez de belles images) avec la réalité la plus brûlante, qui soumettent leur cinéphilie à des a priori idéologiques (bouh pas bien le patriotisme ricain !) et qui, finalement, avouent leur haine tenace de tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à du spectacle (le spectacle, c'est pour les gros beaufs quoi). Et pourtant, en jouant cette carte-là, le World Trade Center de Stone revendique son statut d'oeuvre cinématographique à part entière et assure du même coup sa pérennité artistique.


Certes, le film n'a rien à voir avec une production Bruckheimer et envisage la catastrophe avant tout à hauteur d'homme, le crash des avions dans les tours et l'effondrement de ces dernières restant quasiment du domaine du hors champ. Stone sait bien que, pour l'instant, quoi qu'il fasse, il ne pourra montrer des images plus sidérantes que celles que le monde entier connaît désormais depuis cinq ans. Mais pour autant, il ne s'interdit pas de verser dans une imagerie émotionnellement payante, comme lorsqu'il montre les yeux humides d'un personnage au beau milieu des ténèbres poussiéreuses ou lorsqu'il filme une scène de sauvetage comme une résurrection, et il ne recule pas non plus devant la célébration visuelle d'une Americana (drapeaux yankees, familles soudées dans l'épreuve, etc.) dont le caractère cinégénique ne s'est jamais démenti de John Ford à Steven Spielberg (d'ailleurs, Stone est peut-être un des rares cinéastes de gauche à avoir toujours montré, de Platoon à L'Enfer du dimanche en passant par Né un 4 juillet, un réel engouement pour cette imagerie bigger than life). Bref, Oliver Stone a fait oeuvre de cinéaste et pour cela, il lui sera beaucoup reproché. Néanmoins, on n'en attendait pas moins de sa part.

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