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CINE : LE PARFUM

CINE : LE PARFUM

Tout sur LE PARFUM - La Critique - Photos - Le 2006-08-28 09:50:47


On tient certainement l'un des paris les plus fous de cette année: réussir à transposer au cinéma Le Parfum, le roman réputé inadaptable de Patrick Süskind, qui, par la grâce d'un style littéraire affûté et précis, conférait une odeur singulière à chacun de ses mots et racontait de manière éminemment limpide le parcours atypique de Jean-Baptiste Grenouille, l'homme qui "compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque". Après de multiples hésitations, le choix du réalisateur s'est finalement porté sur Tom Tykwer (Heaven). Contre toute attente, alors que le projet aurait pu courir à la catastrophe, le réalisateur allemand réussit son projet casse-gueule et signe une adaptation très fidèle qui, si elle n'est pas exempte de défauts, impressionne par sa démesure baroque, son audace courageuse et son lyrisme flamboyant.

LE PARFUM : HISTOIRE D'UN MEURTRIER
Réalisé par Tom Tykwer
Avec Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman...
Date de sortie: 4 octobre 2006

Né en 1744, Jean-Baptiste Grenouille, enfant solitaire et malade, devient un être à part grâce à un don: son odorat. Dès sa naissance, il n'a pas d'autre passion que les odeurs. Un jour, alors qu'il nageait dans la misère absolue, il parvient à se faire embaucher comme apprenti chez les maîtres parfumeurs de la capitale et découvre les secrets de la fabrication des parfums. Dans sa quête, Grenouille devient attiré par le parfum naturel des jeunes filles. La fascination n'aura pas de limites...


La substance du roman de Patrick Süskind, considéré à juste titre comme un chef-d'oeuvre, était suffisamment riche et robuste pour éviter les modifications hasardeuses lors du travail d'adaptation au grand écran. Le seul inconvénient venait du metteur en scène qui, s'il ne maîtrisait pas l'essence du roman, pouvait se contenter d'un travail d'illustrateur et passer à côté de la complexité du récit. Pendant longtemps, l'idée a germé dans l'esprit de bon nombre de réalisateurs (Stanley Kubrick, Ridley Scott, Tim Burton, Milos Forman, Martin Scorsese) qui se sont tous cassés les dents sans réussir à l'adapter parce que les droits étaient bloqués ou à produire un résultat potentiellement convenable. En fin de compte, le formaliste Tom Tykwer (Cours, Lola, Cours), réputé pour ses intrigues échevelées et ses effets visuels détonants, se révèle un choix adéquat parce que le défi devient double. Grâce à un scénario substantiel, il a l'occasion de faire taire tout ceux qui ne voient en ses films que des clips esthétisants qui privilégient la forme au fond. Après avoir repris à sa sauce une partie de la trilogie que Kieslowski n'a jamais pu concrétiser (l'aérien Heaven et son plan final majestueux), Tykwer s'attaque encore une fois à du lourd et réussit une sorte de miracle en captant, par des moyens souvent virtuoses mais peu économes, la nature même du roman.
Incontestablement, le film ne laissera pas la même empreinte que le roman tout simplement parce que là où Süskind était subtil dans ses descriptions, Tykwer a recours à une surenchère qui peut indisposer ceux qui auraient préféré de la sobriété. On risque également de lui reprocher son aspect baroque avec des effets visuels trop modernes qui au premier regard ne conviennent pas pour une action censée se dérouler il y a trois siècles. Mais c'est la démarche intègre d'un cinéaste qui apporte sa vision des événements sans trahir l'esprit originel: c'est sa façon à lui de composer une oeuvre à la fois contemplative et instinctive, sensorielle et dérangeante. L'autre détail qui peut choquer vient du choix de l'acteur qui ne correspond pas au portrait que Süskind faisait de Jean-Baptiste Grenouille, c'est-à-dire laid et repoussant. Une nouvelle fois, le réalisateur a choisi un acteur au visage angélique parce que c'est ainsi qu'il le concevait en ayant lu le roman. Il prend le parti selon lequel l'aspect inquiétant du personnage Grenouille est davantage reflété par son rapport aux autres que par son physique disgracieux.

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