
CINE : THE FOUNTAIN
Réalisé par Darren Aronofsky
Avec Hugh Jackman, Rachel Weisz, Ellen Burstyn
Durée: 1h36
Sortie: 27 décembre 2006
Présenté en avant-première au festival de Deauville et en compétition à la Mostra de Venise.

Pendant une heure et demi, on voit une plume trempée dans de l'encre noire, un anneau qui disparaît, des poussières d'étoiles qui cachent des âmes brisées, des larmes qui trouvent refuge dans le creux des joues, des lettres d'un livre qui s'accélèrent, des regards déchirants, des mains qui s'effleurent, des personnages qui se consument d'amour, des conquistadores qui cherchent la conclusion de leurs pérégrinations dans un roman inachevé, des sourires tragiques, des caresses et des bras qui s'ouvrent, des visages en contre-jour, un soleil qui transperce la neige, un oiseau qui s'envole d'un tableau, deux personnages qui s'étreignent dans une baignoire pour conjurer le sort. Avec cette histoire d'amour atemporelle, il aurait été tellement facile de faire un précipité tire-larmes avec une prise d'otage émotionnelle mais il n'en est rien. Ici, la musique, douce et émolliente, se contente d'accompagner ce requiem pour un rêve; la mise en scène, miraculeuse, d'une renversante pureté, réfute les effets clippesques ou le montage ultra serré pour atteindre les cieux et filmer une quête du graal suprême. Par amour pour sa femme, un homme doit franchir des frontières spatio-temporelles, user de son imagination, faire couler l'encre de son sang pour poursuivre les efforts abandonnés.

The Fountain, projet maudit de Darren Aronofsky pourrait se résumer à des larmes de chagrin, des mots cruels pour traduire la détresse, des mouvements de caméra uniques, des acteurs au bord de l'évanouissement. Mais c'est tellement plus: c'est un de ces films qui peuvent prétendre marquer votre parcours de cinéphile, à transcender les attentes, à bouleverser le regard et le coeur. Le terme «chef-d'oeuvre» ne veut plus rien dire parce qu'il est souvent galvaudé et rime à plus grand-chose. Darren Aronofsky, dont on attendait le troisième long métrage depuis les deux coups de foudre Pi et Requiem for a dream, n'est pas Dieu, mais il ne faut pas lui enlever le fait qu'il vient de réaliser une sorte de miracle qui s'est pourtant construit dans les contraintes et la douleur.
















































