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INTERVIEW DOUGLAS BUCK

    Family Portraits est une réunion de trois courts-métrages que le cinéaste Douglas Buck a réalisé sur dix ans. Ils sont reliés par une thématique similaire (la mutilation, le masochisme, les névroses américaines, les secrets qui remontent à la surface, les traumatismes d'enfance) et possèdent une identité visuelle très cohérente. Présenté au festival de Deauville, le film divise sauvagement entre les uns, qui n'y voient qu'un vomitif, et les autres, y percevant une expérience de cinéma à la fois répulsive et fascinante. Les quinze premières minutes permettent de tester la résistance du spectateur face à des images potentiellement marquantes amplifiées par une atmosphère malsaine. Au bout du chemin, il y a la récompense : un drame bouleversant (le troisième segment Prologue) où les éternelles victimes rencontrent leur bourreau. En attendant son remake de Sisters de Brian de Palma, Douglas Buck, étonnamment bavard et débonnaire, évoque ses parti-pris et ses influences cinéphiles.

family portraits


Dans quel état d'esprit étiez-vous lorsque vous avez réalisé le premier segment Cutting Moments ?
C'est un court métrage très cru que j'avais mis en scène en 1996 et j'y exprimais un dégoût affirmé pour la rigidité de l'éducation aux Etats-Unis. Comme les personnages, j'ai grandi en banlieue et je me suis imaginé les efforts pathétiques d'une femme pour séduire son mari. Les efforts sont inutiles parce qu'ils ressemblent à des fantômes. A l'époque, je ne dirais pas que j'avais une haine contre le système, j'avais juste la sensation de me sentir marginal, voire carrément exclu.

Pourquoi avez-vous décidé de réunir ces trois films en baptisant l'ensemble "Trilogie sur l'Amérique" ?
En réalité, j'avais surtout envie de faire un diptyque : les deux premiers films fonctionnaient ensemble sur ce qu'ils montraient de violent. Le troisième segment que j'ai réalisé plus tard accompagnait de manière presque logique les deux premiers.

On peut voir surtout une progression dans le style. Dans Cutting Moments, la violence est explicite alors que dans Prologue, l'horreur devient implicite...
C'est exactement la démarche. Ainsi, j'ai pensé que mettre les trois ensembles permettraient de faire découvrir mon travail, et comme ils n'étaient diffusés que séparément...

family portraits


Comment considérez-vous la place du spectateur ?
A chaque fois que le film a été projeté dans un festival, il y a eu des réactions extrêmes. J'ai toujours été tenté de mettre un avertissement avant sa diffusion mais j'ose imaginer comment les spectateurs à Deauville vont le recevoir (NDR : le film est présenté ce soir). Je n'aimerais pas que l'on dise qu'il s'agit de violence gratuite parce que j'ai fait en sorte qu'il y ait un sous-texte. Dans un film, vous dîtes ce que vous pensez à travers des images. C'est stupéfiant de voir comment un public peut réagir face à ce qu'il voit, mais ce n'est que du cinéma. Après, chacun est libre d'apporter son interprétation et cela donne lieu à des discussions souvent passionnantes. On ne peut pas dire ce qu'on aimerait que le public retienne du film. J'ai fait Cutting Moments, le premier segment de Family Portraits, en 1996, et au fil des interviews que j'ai données, je ne sais toujours pas répondre à la question du "qu'est-ce que vous aimeriez que le public retienne du film ?". Personnellement, je me sens proche de cette thématique. La raison pour laquelle j'ai eu envie de faire le remake de Sisters n'est pas pécuniaire mais simplement parce que la thématique se rapproche de celle de Cutting Moments.

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Disons-le d’emblée: Family Portraits, de Douglas Buck (quelque part entre...
 
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