
CINE : MALA NOCHE
MALA NOCHE
Un film de Gus Van Sant
Avec Tim Streeter, Doug Cooeyate, Ray Monge
Date de sortie : 11 octobre 2006

Walt est un brave gars mais surtout un amoureux transi. Il travaille dans une épicerie familiale à Portland et sa fascination se cogne sur le visage du beau Johnny, travailleur immigré mexicain clandestin. Comme il ne peut pas se faire le beau Johnny, il se rabat sur son copain Pepper qui, lui, ne rechigne pas à la tentation contre de l'oseille. Terribles conflits entre la métaphysique et la physique, le coeur et le cul, l'amour et le sexe: Johnny continue de travailler durablement Walt au corps et à la raison. Du coup, du désir se consume dans le vide tragique et chacun y reconnaîtra un peu de soi-même qu'on soit hétéro, homo, ou bi.
Avec le recul, on se rend compte que Mala Noche contient tous les éléments désormais acquis du cinéma de Gus Van Sant que ce soit dans son histoire (une passion impossible et non réciproque, la souffrance due aux cruelles lois amoureuses) et les choix de mise en scène (il filme les nuages comme personne). Si on devait rapprocher Mala Noche d'une de ses oeuvres suivantes, ce serait My Own Private Idaho dont il se présente comme le brouillon underground, essentiellement dans la narration (l'histoire se situe à Portland et raconte l'amour non partagé d'un homme pour un autre) et met en scène des fantasmes homosexuels: l'attirance irrépressible d'un mec sensible pour un émigré mexicain qui possède toute la virilité qu'il n'a pas et qui le fascine.

Mais, avant d'être d'un film sur l'homosexualité et l'histoire d'une fascination perverse à la résolution frustrante, Mala Noche est avant tout un récit qui montre les marginaux tels qu'ils n'ont que très rarement été filmés dans le cinéma indépendant américain. Comme dans My Own Private Idaho plus tard, Gus Van Sant filme les petits gars de Portland avec tendresse comme des personnages endormis sur des routes sans fin, sonde des regards qui en disent long sur le besoin vorace de sexualité et d'affection, donne une importance cruciale à l'expression. Paradoxalement, le style est plus cru que My Own Private Idaho, renforcé par des atermoiements émotionnels, le travail formel moins stylisé et l'utilisation d'un noir et blanc austère qui renvoie indirectement à Un chant d'amour de Jean Genet qui employait également des métaphores et des symboles sexuels pour parler d'amour impossible.
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