

Excessif: Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire un film sur Neil Young ?
Jonathan Demme: Je suis fan depuis toujours de sa musique. Je l'ai entendu pour la première fois au début des années 60 avec les Buffalo Springfield. Sa voix, ses chansons, sa guitare me plaisaient de manière très étrange. Depuis le temps, j'ai suivi tout ce qu'il a fait que ce soit en solo ou en groupe. Neil Young a une place unique pour les gens de ma génération, sans doute parce qu'il reflète l'évolution des moeurs. Bizarrement, ces chansons me parlaient de manière personnelle parce que je retrouvais mon évolution en tant qu'être humain. Il a également une présence de cinéma incroyable. Il a réalisé trois films qui ont été montrés dans le monde entier et composé quelques bandes-son pour des cinéastes comme Jim Jarmusch. Le cinéma a une place importante dans sa carrière. C'est sans doute pour cette raison qu'il y avait une force magnétique dans ses chansons qui m'inspirait pour mon cinéma. Il m'a épaulé lorsque j'ai réalisé Philadelphia mais je voulais vraiment qu'il travaille avec moi à l'époque. J'ai saisi l'opportunité de faire un film sur lui lorsqu'il a sorti son dernier album pour filmer son concert.
Pourquoi avez-vous privilégié la scène par rapport au backstage ?
Je ne pense que ce soit très intéressant. Pour moi, c'est la musique qui importe. Si bien qu'on n'a pas forcément besoin de fioritures. C'est la seconde fois que je m'essaye à l'exercice. Mon but à travers ce concert filmé était de faire oublier au spectateur qu'il regarde un film et qu'il assiste à un concert avec les musiciens. De la même façon, je ne montre à aucun moment ceux qui assistent au concert, sauf peut-être au tout début. Je ne voulais pas rappeler qu'il y avait des gens à ce concert, pour que l'expérience soit vécue par le spectateur au cinéma et rien d'autre. Pour revenir à Neil Young, je pense en outre que sa musique est universelle. Tout d'abord, il a une voix incroyable que certains adorent et d'autres détestent. D'autres encore acceptent sa voix, si je puis dire, parce que c'est la seule façon pour lui d'exprimer des textes magnifiques. Ses chansons marchent de manière immédiate, on le compare souvent à un poète. Neil ne se réveille pas le matin en se disant qu'il va écrire un tube. Il fonctionne plus à l'instinct. Il a des millions de fans dans le monde. Et la manière dont il joue de la guitare est majestueuse. Je ne pense pas qu'il existe quelqu'un se produisant sur scène ainsi qui lui arrive à la cheville. Ce film servait également à cerner sa personnalité, à capter son dynamisme musical. Pour moi, c'est la marque d'un génie. C'est aussi pour cette raison que je n'ai pas voulu interrompre son concert, car je crois que ça aurait amoindri l'effet de fascination.

Entre le film de concert, la fiction et le documentaire, dans quel domaine vous sentez-vous le plus libre ?
Je me définis comme éclectique et cela se répercute même sur les genres que je fréquente au cinéma. Dans les trois, le plus difficile est certainement de mettre en scène une fiction parce que ça réclame beaucoup de patience pour que cela paraisse réel. J'aime travailler avec des acteurs mais c'est aussi ce qui requiert le plus de patience et de temps. Pour faire un documentaire, il suffit juste que vous trouviez le sujet et la matière. La démarche en elle-même est très stimulante, mais c'est surtout le montage qui prend le plus de temps afin de donner un ensemble cohérent. Qu'il s'agisse de filmer Neil Young ou Talking Heads, le film de concert est une expérience délicieuse. Le challenge est de bien capter sur scène ce qui crée la magie musicale, et tout s'effectue en une prise. Vous ne pouvez pas vous permettre d'interrompre le concert pour demander de recommencer. J'affectionne ce mélange de musique et de cinéma.
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