

Lorsqu'on regarde la saison 6 de « Buffy », son thème principal saute aux mirettes tant les personnages ressassent certaines phrases, surtout vers la fin : « grandis un peu », « tu n'es qu'un petit garçon », « prends tes responsabilités »... En effet, Whedon se penche sur une période charnière de la vie : le passage à l'age adulte. Une période grise et troublée où l'on rechigne à abandonner le confort et les incertitudes de l'enfance, sans se sentir prêt à affronter les réalités du monde adulte, qui s'étale devant nous comme un gouffre noir. Bref, il s'agit de l'instant clé de l'adolescence ; plus vraiment un enfant, pas tout à fait un adulte, l'individu ne sait comment se déterminer. Voilà en quelques lignes LE thème de cette saison. J'ai donc tout dit, au revoir, ravi d'avoir discuté avec vous ? Non... Car, à mes yeux, cette saison a une portée beaucoup plus générale. Elle ne s'adresse pas seulement au mal-être adolescent, mais au mal-être tout court que chacun peut rencontrer au cours de sa vie, lorsque le doute se fraye un chemin au milieu des certitudes.
Dans « L'enfer » de Dante, le chant I commence en ces termes : « Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue. »
Cette phrase symbolique s'applique parfaitement à cette saison 6. Les personnages de Whedon, Buffy en tête, sont perdus dans une forêt obscure, très obscure. La forêt du doute, de la solitude, de la perte d'identité... La forêt des désillusions, et aucune voie droite ne semble se dessiner à l'horizon.
Lorsqu'on analyse une oeuvre, et notamment une oeuvre de la culture populaire, il y a deux écueils à éviter. D'abord, la surinterprétation. On peut trouver des symboles phalliques partout, et faire dire à peu près n'importe quoi à l'oeuvre qu'on étudie. Buffy se prête pas mal au jeu des symboles. Après tout, la métaphore est la base même de la série. Pourtant, les thèmes de cette saison sont si forts et exprimés si clairement dans chaque épisode, qu'on aurait du mal à partir en plein dérapage artistique, un phallus sur chaque oreille.
L'autre écueil vient de la nature même de l'oeuvre populaire. « Populaire », ça ne fait pas très sérieux. Du coup, un peu par sentiment d'infériorité et par volonté de reconnaissance, l'auteur bourre son texte de références culturelles guindées, qui apportent dignité et sérieux à l'oeuvre étudiée. Certains en viennent même à citer « L'enfer » de Dante, pour faire plus sérieux ! Les imbéciles !
J'ai essayé d'éviter ces écueils et de rester pertinent, aussi bien dans l'analyse (parfois évidente, parfois un peu moins...) que dans les références.
Enfin, j'imagine que ce texte entraînera des réactions du type « lol Buffy cé tro nul et pourkoi pas de la filo ds charmed mdr ». Mais que serait un débat sur Buffy sans ces pittoresques interventions ? J'espère que les autres apprécieront ce petit voyage dans les eaux noires d'une très grande série.
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