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INTERVIEW : LIONEL DELPLANQUE (PRESIDENT)

    Cinq ans après son Promenons-nous dans les bois, Lionel Delplanque, cinéaste d'une sincérité enjouée et surtout aussi intarissable que passionnant, a choisi, avec son nouveau film, Président, un axe plus politique, plus polémique, tout en s'efforçant de défendre une dimension humaine, qui lui semblait incontournable, ce qu'il s'efforce de nous expliquer ici.


Tourner un thriller c'était pour vous une façon de régler des comptes ou d'assouvir des désirs cachés ?
C'est un univers qui m'intéresse depuis l'enfance. Je me souviens d'avoir lu, alors que j'avais tout juste onze ou douze ans, un livre qui s'appelait : Fouquet ou le soleil offusqué de Paul Morand, qui montre qu'à l'époque des rois déjà, il y avait des luttes de pouvoirs, des luttes politiques. Dans les années 80 également, alors que mes parents et mon entourage se réjouissaient de la victoire de François Mitterrand, je lisais un livre sur les Mitterrand qui ne le présentait pas du tout comme eux le voyaient. Du coup, je me suis dit que c'était vraiment ça la politique, cette alternance, qu'en face de ce changement, marqué par un vrai renouveau, des réformes sincères, il y ait des choses beaucoup plus sombres. J'ai alors décidé de passer Sciences Po, que j'ai raté car j'ai passé trop de temps dans les salles obscures. Le cinéma l'a emporté et tant mieux, je ne me verrais pas aujourd'hui faire de la politique. Ce n'est pas que ça ne m'intéresse pas, je trouve ça passionnant, mais, comme tout le combat de ta vie est un combat de premier tour, toute ta vie il faut éliminer les adversaires qui sont dans ton propre camp et il arrive un moment où il faut admettre que tu n'as pas vraiment d'amis. En même temps Président n'est pas réellement un film sur la politique ou le pouvoir, je n'y parle pas des partis, je ne fais référence ni à la droite et ni à la gauche, c'est plus un film sur les mécanismes du pouvoir, les coulisses. Le off des hommes politiques qu'on nous propose est un faux off, c'est-à-dire que c'est un off mis en scène, on nous fait croire que ce sont les coulisses et ça ne l'est pas. Je voulais montrer ce que l'on ne peut pas voir, m'axer sur une image plus crue de la politique. Je n'invente rien, tout le monde sait qu'on nous cache la plus part de ce qui se passe, ce film ne fait que le montrer. En même temps, j'ai choisi de rester dans le cadre de la fiction, et ce qui est du coup formidable, c'est que j'ai pu aller très très loin, je ne me situe pas dans un débat référencé où l'on puisse me dire « Mitterrand n'a jamais dit ça, ou Chirac n'a jamais dit ça ... ». Il se trouve que c'est Dupontel Président, et Dupontel Président, c'est un personnage de fiction autonome, qui s'inspire effectivement de certains présidents mais qui est très différent, ne serait ce que dans sa manière de parler. Il a son propre style, personnel, pour des raisons non pas de réalité mais de crédibilité. La réalité ne m'intéresse pas, je ne veux pas savoir s'il y a normalement un huissier plutôt que deux, ce que l'on m'a reproché, ça n'a pas d'importance. En revanche, il était pour moi primordial que le personnage de Dupontel à l'écran soit crédible, et je pense qu'il l'est.


Ce n'était pas pour vous une manière détournée de faire de la politique ?
C'est Mélanie Doutey qui me disait qu'avant de tourner Président, elle ne s'intéressait guère à la politique et qu'elle avait été touchée par la dimension humaine du personnage. Il faut être réaliste, un homme politique, un animal politique qui n'est pas un stratège, qui n'est pas prêt à des retournements d'alliance, ne peut pas accéder au pouvoir. Les gens qui veulent être Président ne sont pas exclusivement tournés vers les autres, à la base c'est un désir complètement narcissique, celui d'être le premier, l'élu ... Ce qui devient compliqué c'est qu'il y a un moment où ils incarnent l'Etat, ils vivent en fusion avec l'Etat qu'ils représentent et quand Dominique de Villepin va voir les gens d'Outreau, il se met à pleurer, il y croit, alors qu'au fond il s'en fout. Les décisions prises ne sont pas prises en fonction de ce qui est le mieux pour la population... Pour moi ce n'est plus d'ailleurs de l'ordre du politique mais plus de l'ordre de l'économie. Jusqu'en 1989, les choses étaient très claires, bipolarisée gauche ou droite, alors qu'aujourd'hui, depuis la chute du mur de Berlin la démarcation gauche/droite est beaucoup plus floue et, si les ambitions personnelles existent toujours, on assiste à l'impuissance du pouvoir des hommes politiques face à ceux qui règnent sur le monde économique. C'est ce que disait Jospin en 2002, en soulignant que tout était permis et qu'il ne pouvait rien faire. Quand Dupontel dans le film parle de la prise d'otages qui a échoué, de l'arme propre, c'est assez fort et dur à entendre, il y a des morts ... lui il l'analyse seulement à l'échelle d'un Etat. C'est ça la grande difficulté d'être un chef d'Etat, c'est qu'à partir du moment ou vous avez un rapport avec les décisions, vous vous salissez forcément les mains, puisque que ce n'est pas entre le bien et le mal, c'est entre le préférable et le détestable. Mais dans le préférable, il y a toujours une part de détestable, d'où le problème. Pour tous les présidents, dans tout ce qu'ils ont fait de plus immoral, il y a toujours eu un moment où ils défendaient une vision de la France. Il y en a eu des plus cyniques que d'autres, mais on ne peut pas leur retirer, quoi qu'il arrive, une part d'humanité, c'est ce que montre le film. Et, lorsque l'on me demande si ce film participe au rejet de la politique, je réponds non, évidemment, puisque ce rejet est déjà installé. J'aurais plutôt tendance à insister, étrangement, sur la dimension humaine des présidents. Ce n'est pas un film à charge, un film manichéen, cela ne m'intéressait pas du tout et je n'aurais pas été crédible, donc le film non plus.

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CINE : PRESIDENTCINE : PRESIDENT

Entre secrets d'Etat et convictions sincères, foules exaltées et train de vie ro...
 PRESIDENT : EXTRAIT EXCLUSIFPRESIDENT : EXTRAIT EXCLUSIF

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Shrekboy Fou(tri)quet    20 sep
HellJohn intéressant    20 sep
 


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