
IL ETAIT UNE FOIS... VIVA MEXICO !
MARIA CANDELARIA (1943)
Réalisation : Emilio Fernandez
Acteurs : Dolores Del Rio, Pedro Armendariz, Miguel Inclan, Alberto Galan
Durée : 1h41

Un peintre raconte à une journaliste l'histoire d'un tableau qu'il a longtemps gardé secrète. Le récit débute à Xochimilco, où Maria Candelaria et Lorenzo Rafael ne sont que de pauvres indigènes, rejetés par leur village.
Avec Emilio Fernandez, l'amour n'est décidément pas rose tous les jours. On peut même dire qu'il est noir, bien-bien noir.
Maria Cadelaria, c'est la grâce incarnée. Chacun de ses gestes n'est que douceur. C'est typiquement le genre de femme, belle, gentille et généreuse que tout le village devrait aduler et honorer. Seulement voilà : Maria Cadelaria est la fille d'une prostituée que les habitants n'ont cessé de maltraiter jusqu'à ce que la mort finisse par l'emporter. La fille d'une pécheresse qui n'attirait que le malheur autour d'elle. Telle mère telle fille, l'innocente Maria Candelaria n'aura pas de sort plus heureux que sa pauvre mère. Elle vit à des kilomètres du village, avec sa petite truie. Et Lorenzo Rafael, son amant et son futur époux, qui donnerait sa vie pour apaiser, ne serait-ce qu'un peu, la haine de ses voisins. Lorenzo est là et Maria Cadelaria n'est plus seule. On découvre ici cette figure de l'amoureux protecteur, figure si chère à Fernandez, et que l'on retrouvera notamment dans Salon Mexico quelques années plus tard. Lorenzo Rafael et Lupe, deux hommes "muy muy enamorados" et anges gardiens dévoués. Des présences sur lesquelles Maria Candelaria et Mercedes peuvent compter. Des êtres d'exception que le sacrifice n'effraie pas.

Pas de doutes donc, dans le cinéma classique mexicain, personne ne filme mieux les histoires d'amour que Fernandez. Et personne ne s'attache mieux que lui à mettre en lumière des êtres rares sur qui le sort s'acharne et qui gardent malgré tout leur dignité. Car il s'agit bien de cela, de dignité. Maria Candelaria , malgré toutes les insultes et les pierres qu'elle peut recevoir, garde toujours la tête haute et l'espoir que le lendemain sera meilleur. "Ce serait tellement beau qu'on nous dise bonjour et qu'on ait des amies pour pouvoir bavarder..." murmure-t-elle un jour à l'oreille de Lorenzo Rafael . Tant d'attentes dans cette simple phrase mais aussi tant de tristesse de savoir que cet avenir, censé être meilleur, ne sera sans doute jamais. Et elle a bien raison Maria Candelaria. Demain ne sera pas plus beau. Il sera même pire. Un peintre, subjugué par la beauté de la belle indigène va, sans le vouloir, précipiter la perte de la jeune femme. Le film se clôt sur un sombre et dramatique malentendu, au paroxysme de l'existence de cette héroïne de tragédie. Et nous plonge dans ce sentiment de révolte brûlante qu'inspirent toujours les plus grandes injustices.


































