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INTERVIEW : EMMANUEL BOURDIEU (LES AMITIES MALEFIQUES)

INTERVIEW : EMMANUEL BOURDIEU (LES AMITIES MALEFIQUES)

Tout sur LES AMITIES MALEFIQUES - Le 2006-09-25 10:05:47


    Après avoir écrit pour différents réalisateurs, Desplechin, Corsini, Garcia, et avoir réalisé un premier long métrage, Vert Paradis, Emmanuel Bourdieu revient derrière la caméra. Lauréat de divers prix à Cannes cette année (dont le Grand Prix de la Semaine de la Critique), nous l'avons retrouvé au Cinéma Caméo de Nancy et parlé avec lui de son amour des mots...

les amitiés maléfiques


Dans le film, il est dit que l'écriture est soit vitale, soit une imposture. Où vous situez-vous par rapport à ça ?
En gros, est-ce que je suis d'accord avec mon personnage ? Le propos d'André est son obsession. Il intervient sur tout et il est envahissant dans la vie, c'est une espèce d'encyclopédie de la tyrannie. Avec ma co-scénariste, Marcia Romano, on s'est dit qu'il fallait tout resserrer vers une seule obsession. Je crois que c'est Truffaut qui disait qu'il aimait les films monomaniaques. Ce n'était pas notre seule motivation bien sûr, car l'idée même de l'écriture est difficile à expliquer à l'image. Quand Scorsese filme la peinture dans ce splendide film qu'est New York Stories, c'est aussi que la peinture existe physiquement. En revanche, quand un type écrit, il n'y a pas d'action et la gageure était qu'il ne parle que de ça. Après, ce personnage, ambivalent et ambigu, qu'on aime ou qu'on déteste, maléfique et bénéfique, j'avais le besoin de partager malgré tout quelque chose avec lui. Ca n'aurait pas été possible que j'écrive sur un monstre qui m'aurait été extérieur. J'ai toujours cherché à le défendre, même lorsqu'il est indéfendable. Je lui ai donc mis dans la bouche des propos auxquels je n'adhère pas totalement mais que je trouve néanmoins pertinents. J'aime le fait que sa théorie soit extrémiste, passe du tout au rien, et insiste sur le fait que si on écrit, il faut que ce soit une question de vie ou de mort. C'est ce côté terroriste qui le définit et je vois où il veut en venir. C'est là que j'ai pensé à Karl Kraus, que j'ai lu et que j'aime beaucoup, un auteur intellectuellement très courageux et radical. Pour avoir fréquenté ce type d'amphis et de classes prépas, j'étais dans le lot de tous ces gens avec des rêves naïfs, au milieu de leurs créations narcissiques. J'avais des voisins qui, pendant les heures de cours, passaient leur temps à écrire des pièces de théâtre avec pour seuls personnages, elle et lui. Dans ce monde là, je comprends qu'un jour, quelqu'un pousse un cri pour dire que l'écriture, c'est plus sérieux que ça.

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Mais il le fait en imposant, en vampirisant, presque comme un dictateur...
Oui, j'ai retrouvé un livre qui s'appelle La peur de la Liberté de Erich Fromm, un psychanalyste et philosophe américain, d'origine allemande, qui a écrit lors de la montée du nazisme. Le livre est un mélange de considérations politiques et de psychanalyse dans lequel il parle de concret comme de la violence dans un couple. Il dit que tout ça n'était pas juste une question de rapport de force, mais qu'il y avait une séduction, un enchantement dans lequel les victimes, sans être réellement complices, étaient envoûtées. Les nazis ont travaillé là-dessus. Ici, c'est le même genre de structure de relation entre les gens, une domination trouble et passionnelle. Cela arrive très souvent en amour et c'est le même processus. Ce qui est compliqué avec André, c'est qu'il leur fait du bien au fond, et j'avais envie de cette ambivalence. Il a cette force rhétorique de convertir le regard et c'est l'essence même des grands séducteurs. Les autres ont l'impression qu'il a été une ordure avec eux mais il veut leur montrer que les ordures, c'était eux. Il sait toucher la faiblesse et il a parfois raison. Longtemps, le film s'est fini sur la signature du roman d'Eloi mais c'était trop une fin ancrée dans la réconciliation et je voulais, au contraire, un déchaînement, car où qu'il aille, André produit le conflit. Il ne les laissera pas avec une conscience parfaite.

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On a forcément croisé, au moins une fois dans sa vie, un être manipulateur, capa...
 
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