

BABEL
Un film d'Alejandro Gonzalez Iñárritu
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal, Koji Yakusho, Adriana Barraza, Rinko Kinkuchi
Durée : 2h15 min
Date de sortie: 15 novembre 2006
En plein désert marocain, un coup de feu retentit. Il va déclencher toute une série d'événements qui impliqueront un couple de touristes américains au bord du naufrage, deux jeunes Marocains auteurs d'un crime accidentel, une nourrice qui voyage illégalement avec deux enfants américains, et une adolescente japonaise rebelle dont le père est recherché par la police à Tokyo. Séparés par leurs cultures et leurs modes de vie, chacun de ces quatre groupes de personnes va cependant connaître une même destinée d'isolement et de douleur...
Alejandro Gonzalez Iñárritu peut se targuer d'avoir réussi un pari de cinéma plus impressionnant que Steven Soderbergh (Trafic). Avec Babel, il n'a effectivement pas choisi la facilité: une histoire qui s'étend sur trois continents différents avec des acteurs japonais, marocains, américains et mexicains qui ne sont pas tous croisés pendant le tournage mais connaissaient l'histoire qu'au travers du scénario. L'équipe a suivi le réalisateur jusqu'au bout de son projet en vivant une expérience humaine aussi éprouvante que celles des personnages. Cela s'en ressent également chez le spectateur qui a tendance à être plus ébloui par cette simple performance que le propos lui-même. A l'écran, le résultat impressionne au-delà des espérances. Fasciné par la théorie du battement d'ailes du papillon, Iñárritu poursuit pour la troisième fois avec le scénariste Guillermo Arriaga son exploration des destins qui se croisent de manière accidentelle et impliquent des êtres humains dévastés par les conséquences de leurs actes. Le but à travers ce bel écheveau ? Parler de la vie, des hasards qui font sa beauté comme sa cruauté. Ce genre de défi mégalo reste très intéressant pour ce qu'il implique par la suite : cette contrainte bigger than life va obliger Iñárritu à se renouveler étant donné que Babel marque l'achèvement d'une trilogie initiée par Amours Chiennes et 21 Grammes.

S'il a toujours su éviter les compromissions dans ce genre d'exercice (la dissertation aux considérations besogneuses, entre autres), le cinéaste nous inocule de la haine de ce monde pour qu'il change et nous laisse avec notre propre solitude face à un océan d'angoisses existentielles. Il part du principe que tous nos actes ont une signification qui nous échappe et possèdent une répercussion lointaine ou proche. La partie nippone est volontairement reliée de manière tarabiscotée aux autres histoires afin d'aérer la narration, de permettre au spectateur de suivre des événements de points de vue différents et d'ainsi souligner que quelque soit le milieu ou le pays, la souffrance reste la même.

Même si l'histoire est magnifique (un père, flingué par ses préoccupations professionnels, et sa fille sourde-muette, en panne d'affection, qui n'arrivent pas à se parler suite au suicide de la mère), elle aurait pu appartenir à un autre film en raison de ses qualités esthétiques et de sa richesse thématique. Cette micro-intrigue, faussement anecdotique et véritablement incidente sur la dramaturgie, se révèle à l'origine de la tragédie. L'astuce d'Inarritu consiste à ménager le suspens: qu'est-ce qui peut relier cette histoire de touristes américains au Maroc et celui d'une adolescente fâchée avec la vie ?
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