
CINE : LES FRAGMENTS D'ANTONIN
LES FRAGMENTS D'ANTONIN
Un film de Gabriel Le Bomin
Avec Gregori Derangère, Anouk Grinberg, Aurélien Recoing
Durée : 1h30
Date de sortie : 08 novembre 2006

Le réalisateur Gabriel Le Bomin ne semble pas s'inscrire dans une quelconque tradition du film de guerre à la française, il ne cite pas des grands maîtres comme Pierre Schoendoerffer ou des exemples plus récents et bien moins pertinents tels que le Joyeux Noël de Christian Carion, sans oublier Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. Si on pouvait rapprocher ce film d'un autre, pour tenter de connaître sa lignée et les origines de sa naissance, il faudrait citer La chambre des officiers de François Dupeyron, oeuvre s'intéressant aux « gueules cassées », ces hommes qui porteraient à jamais sur leurs visages les stigmates des combats au sortir de la grande guerre. On ausculte ici les conséquences de la guerre et non pas ses causes. On s'intéresse au drame humain qu'elle a suscité et continue de susciter dans la chair des combattants et dans leurs esprits aussi meurtris que leurs corps. Voilà donc le sujet de Gabriel Le Bomin, la psyché, l'âme des soldats vue comme autant de champs de ruines, de paysages dévastés. Ces territoires invisibles au regard n'en sont pas moins une expression précise et terrible des maux causés par les combats, par la violence omniprésente et destructrice.

Le personnage principal du film, Antonin, est un homme simple, professeur des écoles dans le civil, il s'occupe de pigeons voyageurs depuis son incorporation dans l'armée et son retour du front. Malgré la relative tranquillité et la sécurité que lui procure son poste, il ne cessera d'être rattrapé par la violence tout au long du film. Il nous est présenté dès le début comme l'un de ses hommes revenus mutilés de la guerre, mais ses blessures ne sont pas corporelles, elles sont psychiques. Il ne communique plus avec personne et ne cesse de répéter les mêmes gestes et les mêmes prénoms, inlassablement. Cette vision nouvelle, peu orthodoxe, de ce qu'a aussi été la guerre, de cette histoire parallèle, totalement occultée par la grande histoire (celle des livres d'école) constitue un des éléments fondateurs du film, un principe même auquel l'oeuvre ne dérogera jamais, l'érigeant en véritable profession de foi. Car si le réalisateur lève pour nous un coin du voile recouvrant tous ces faits passés sous silence, ou si peu médiatisés même à l'heure actuelle, il ne se contente pas d'évoquer les troubles psychiques seuls, il se fait fort de redonner leur place légitime à toutes les petites histoires qui font la grande. Ainsi il redonne leur juste place à la réalité des exécutions sommaires dans les tranchées, perpétrées sur leurs propres soldats par des officiers ayant perdu tout sens de la justice et du sang froid. Il évoque également les fusillades des soldats considérés comme mutins ou déserteurs (comme l'avait déjà fait Stanley Kubrick avant lui avec Les Sentiers de la gloire, film longtemps interdit en France), il laisse entrevoir la présence des soldats noirs, des soldats des colonies, dans la guerre des tranchées, redonnant un peu de dignité à ces hommes morts pour la France.
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