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CINE : COEURS

CINE : COEURS

Des personnages, "soleils d'hiver" et coeurs névralgiques d'une intrigue polyphonique, se croisent et se cherchent dans un écrin sublime où "tombe la neige". Coeurs, le nouveau Alain Reinais s'inscrit entre le plaisir de la convention et les velléités expérimentales en soulignant la musicalité visuelle d'un cinéaste d'exception.

COEURS
Un film d'Alain Resnais
Avec Sabine Azéma, Isabelle Carré, Laura Morante, Pierre Arditi, André Dussolier, Lambert Wilson...
Durée : 2h05min
Sortie : 29 novembre 2006

coeurs

Depuis des lustres, soit depuis le superbe Hiroshima, mon amour, à la fois requiem et épithalame où l'horreur et la passion étaient étroitement liées, on sait Alain Resnais très impliqué par une recherche esthétique dans ses films. Une vertu d'autant plus remarquable qu'elle est rare dans un cinéma français fâché avec les extravagances visuelles. Par exemple, dans Je t'aime, je t'aime, il plongeait dans le subconscient neurasthénique d'un jeune homme (Claude Rich) en proie à des pulsions autodestructrices et retranscrivait ses moindres bouleversements par la grâce d'une mise en scène précise et impassible, d'un montage révolutionnaire et une bande-son aérienne. Le résultat, phénoménal, s'inscrivait dans la lignée des oeuvres uniques de Peter Watkins.

coeurs


Dans Coeurs, adaptation d'une pièce d'Alan Ayckbourn au beau titre anglais (Private fears in public places) par Jean-Michel Ribes, l'homme à la caméra confirme cette prédilection et donne ainsi une importance identique à la narration, aux mouvements de caméras, aux acteurs, aux dialogues, à l'intellect et aux sentiments. Fonctionnant selon les bonnes règles du film choral (plusieurs individus se croisent sans se connaître dans des unités dramatiques déterminées), le récit s'articule autour de plusieurs personnages qui ont de terribles problèmes avec leurs images : un agent immobilier est émoustillé par sa collaboratrice qui lui fait gentiment vaciller la raison avec ses émissions cathos et ses strip-teases solo ; une demoiselle transparente tente de conjurer sa solitude en espérant trouver l'âme soeur dans un bar rempli de jeunes parisiens branchés qui ont l'air de si bien s'entendre sans elle ; un militaire récemment expulsé de l'armée noie son désespoir dans l'alcool ; une femme vaguement schizophrène s'amuse à jouer aux jours et nuits de China Blue (bigote en apparence, dévergondée dans l'intimité). Le récit, pas aussi simple qu'il n'y paraît, évoque en creux la solitude qu'elle soit affective ou sexuelle, révélatrice de non-dits et de faux-semblants qui font les petits riens des grandes frustrations de la vie.

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