

"Toutes les décisions qui ont été prises après le 11 Septembre ont été mauvaises. Aujourd'hui, il fait mauvais d'être New-Yorkais et américain d'autant que nous avons à vivre avec cette blessure dans le paysage. Cette catastrophe m'a retiré beaucoup de joie et d'innocence." (Justin Bond, acteur dans Shortbus)
ALL YOU NEED IS LOVE
Dans Shortbus, la population New-Yorkaise va mal. Et les jeunes qui vivaient alors dans l'insouciance d'un amour primesautier découvrent soudainement l'horrible envers d'un décor froidement urbain où la paranoïa d'une menace providentielle et la peur de l'étranger imposent leurs terribles lois. Cette prise de conscience est reflétée par la décadence sexuelle du Shortbus, étrange lieu échangiste où des anonymes viennent se mêler les uns aux autres pour trouver un peu de réconfort. Si les images captent des choses qu'on ne voit pas dans n'importe quelle production standard sur la sexualité moderne, rien n'est ici agressif ou provocateur : Shortbus est un film écrit, réalisé, joué à hauteur d'humains dévastés par les événements qui ont affligé un pays. John Cameron Mitchell filme un deuil comme une renaissance porteuse d'espoir.

Voilà pourquoi le film ne convie pas à la neurasthénie, mais au contraire invite à renouer les contacts humains, à (faire) bander l'existence, à succomber à toutes les tentations sexuelles et affectives quelle qu'elle soit. Le message est sans doute très adolescent mais très pertinent pour définir le mal-être et peindre une génération sans repères. Underground sans être trash, le film impressionne par son énergie et sa puissance. On en sort heureux : c'est l'antidote de la grise mine. Rencontrer les acteurs confirment les impressions laissées par le film puisqu'ils sont les personnages, leur ont apporté chair et sensibilité. Raphael Barker ouvre l'interview en ayant une belle définition du film : "Nous avons travaillé le script pendant trois ans tous ensemble et chacun d'entre nous a apporté une page." Sook-Yin Lee poursuit : "Nous n'avions pas de scénario au départ, nous l'avons crée ensemble. Rien de ce que l'on voit à l'écran n'a été une surprise puisque nous avons tout apporté." Ironique, Paul Dawson poursuit : "je cherchais une réponse à ma propre existence et je crois qu'avec Shortbus, je l'ai trouvée. Sans déconner, quand j'ai lu le scénario fini, j'avais l'impression de me voir moi-même. Cette sensation était géniale. John a insisté pour que nous n'apprenions pas les dialogues que nous avions écrit. Nous avons crée les scènes avec John en misant essentiellement sur l'improvisation." Ce qui implique qu'ils ont apporté beaucoup d'eux-mêmes dans cette quête des sens. "Non, rien du tout", dit spontanément PJ DeBoy. "Tout, au contraire, tu veux dire, bitch" ajoute Raphael, rigolard. Il ajoute : "Le plus difficile a été d'explorer nos personnages et d'en faire émaner les doutes et les contradictions. Le dessein consistait simplement de donner de la profondeur à nos personnages. John était plus intéressé par la thématique que par le respect d'un scénario.

Ce qui le passionnait, c'était d'explorer ce qui nous titillait dans nos personnages. Ce qui est plutôt rare pour un acteur de procéder de cette façon, mais ça donne une vraie liberté de ton qui se ressent d'ailleurs dans Short bus." PJ DeBoy poursuit: "Ce qui intéressait John était la difficulté pour un couple de rester stable et ce que moi et mon copain dans la vraie vie explorions". Dès le départ du projet Shortbus, une confiance tacite s'est installée entre les comédiens et le réalisateur puisqu'ils sont tous plus ou moins (devenus) amis avec lui. Certains le connaissent depuis longtemps; d'autres ont simplement passé une audition.
[p1] [p2]

































