
CINE : PRINCESAS
PRINCESAS
Un film de Fernando León de Aranoa
Avec Candela Pena, Micaela Nevarez, Mariana Cordero
Durée : 1h53
Date de sortie : 08 novembre 2006

Là où le film Yo Puta (de Maria Lidon, 2004) s'est planté (ce film vulgaire, honteux et irrespectueux, est un documentaire-fictionnel sur les prostituées) Princesas réussit son pari. Évoquer le monde fermé de la prostitution avec un regard critique et sensible. Fernando León dénonce l'hypocrisie de la société, ces femmes qui vivent dans nos rues ne sont pas juste des objets sexuels avides d'argent et dénouées de sentiment. Peur, désespoir, souffrance sont le quotidien de ces professionnelles. Sa caméra il la pose là où ça fait mal, (une scène de viol dans les toilettes d'un restaurant ou encore ces plans de prostituée défigurée par un client violent).
Le réalisateur commet néanmoins quelques erreurs. Il n'évite pas les clichés comme la catin dominicaine obligée de vendre son corps pour nourrir les siens restés au pays. Il alourdit ces dialogues en s'engouffrant dans des réflexions philosophiques dignes de la haute intelligentsia (qu'une femme de joie soit capable de lancer des tirades aussi complexes sans jamais avoir entendu parler de Bill Gates laisse dubitatif). Enfin certaines situations plombent le film en le discréditant. Le ton dramatique disparaît pour laisser place à l'humour. Fernando León imite maladroitement le savoir faire d'Almodovar dans certaines scènes (le salon de coiffure est le lieu de réunion des filles de joie qui débattent avec humour de leur travail). Dommage que le réalisateur n'aille pas jusqu'au bout et se sente obligé de divertir le spectateur en dédramatisant son film.

Malgré ces quelques écarts l'ensemble tient plutôt bien la route. Le scénario est enraciné dans l'actualité des problèmes d'immigration. Ici il a pour cadre Madrid. L'arrivée de prostituées d'Amérique latine chamboule le marché. Les professionnelles espagnoles voient d'un mauvais oeil ces filles qui leur enlèvent des clients. C'est dans ce contexte que le film construit une amitié entre deux personnages que tout oppose mais que le travail unit. Caye (phonétiquement le prénom signifie rue en espagnol) à une famille, des collègues de travail, un appartement mais elle aspire à autre chose. Trouver le grand amour ! Et parce que le prince charmant rêve d'un bonnet E elle économise avec l'espoir d'avoir les poumons de Pamela Anderson. Zulema est seule, sans papiers, elle partage un logement avec une famille dominicaine dans le besoin. Obligée de quitter les lieux chaque soir à 20 heures, elle erre dans les rues cherchant à faire des passes sans se faire prendre par la police. L'amitié entre Caye l'espagnole et Zulema la dominicaine prendra forme après le passage à tabac de cette dernière par un client. Cette amitié n'est possible qu'à condition que chacune apporte quelque chose à l'autre. Caye dissipe la solitude de Zulema, Zulema comble le manque affectif de Caye.

Ces princesses qui vivent dans la rue combattent pour vivre, elles ne sont les princesses de rien si ce n'est de la nuit. On imagine mal la vie d'une prostituée, Fernando León de Aranoa remet les choses en place. Poignant.
Alexandre Jumel
Retrouvez une galerie photos pages suivantes...



































