

Comment avez-vous travaillé l'adaptation ?
Dans ce genre de situation, je procède de façon très instinctive face à mes envies et face au cinéma en général. C'est au moment où j'ai refermé le livre que j'ai accepté de faire le film. Après l'avoir refermé, je ne l'ai plus ouvert. J'ai conservé les impressions et les idées. J'ai gardé certaines images, des péripéties et j'ai conservé un peu le principe Hitchcockien qui veut qu'on lit un livre, on le referme et on fait l'adaptation selon ses souvenirs. Finalement, il vous reste des sentiments extrêmement forts et des images inconscientes. On a un terreau qui peu à peu se met en place et qui prend vie. Je laisse les choses m'échapper.
Vous n'avez pas eu peur quand vous avez lu le roman ?
Non, parce que ce qui m'a frappé en premier, c'est la détresse du personnage, puis, le lien avec son enfant. Personnellement, sur l'histoire, je n'ai pas d'explications rationnelles, sinon, je peux me mettre à mentir. Par exemple, je n'ai jamais travaillé avec les effets spéciaux. Et justement il y en a assez peu dans le film. La grande complexité des effets spéciaux venait du fait qu'il ne fallait pas qu'ils se voient et qu'ils s'intègrent dans le cadre de manière naturaliste. Le chamanisme est une des données qui fait partie de la résolution de l'histoire. Je l'ai acceptée et je l'ai traitée de manière minimaliste. Elle fait partie du cadre. Comme je suis quelqu'un d'assez exigeant, je vais jusqu'au bout pour travailler un matériau. Je pense sincèrement que nous sommes arrivés à un résultat satisfaisant.

Le personnage s'appelle Laura Siprien comme Rachel Siprien, le personnage incarné par Marion Cotillard dans Une Affaire privée. De la même façon, des acteurs ou des personnages reviennent de manière récurrente dans votre cinéma : Darroussin dans Une Affaire privée, Lhermitte dans Cette femme-là. D'où vient cette volonté de créer des liens entre vos films ?
Depuis mes premiers films qui appartiennent à un cycle expérimental et sont donc impossibles à découvrir, il y avait déjà des personnages qui formaient des résonances avec les films suivants. Ils sont eux aussi imbriqués dans la préparation et l'existence des personnages au travers des autres films. Après, on rentre dans l'analyse. Je n'ai pas tendance à analyser, j'essaye de faire les choses instinctivement et je me rends compte après. De fait, je découvre beaucoup d'éléments troublants après coup. C'est par exemple ainsi que je me suis rendu compte que Le concile de pierre était l'inversion de Cette femme-là avec une issue résolument optimiste. A contrario, autant Cette femme-là est un film basé sur la mort, autant dans Le concile de pierre, il y a de l'espoir. Dans le cas présent, on est plus dans un périple existentiel d'aventure dans lequel on obéit à des codes que j'essaye de court-circuiter, mais je m'attaque à respecter les axes que je sature pour m'essayer à un nouveau tissage. Je ne l'ai jamais fait jusqu'à maintenant car mon attrait va vers les choses plus cachées et plus troubles avec des ramifications complexes. Alors qu'ici, je me suis imposé cette ligne pure de récit : comment une femme dont l'enfant est enlevé va aller au bout du monde pour le sauver.
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