
CINE : MON COLONEL
MON COLONEL
Un film de Laurent Herbiet
Avec Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Cécile de France
Durée : 1h51
Date de sortie : 15 novembre 2006

L'assassinat dans sa demeure d'un colonel à la retraite de l'armée française soulève de nombreuses interrogations sur la disparition inexpliquée d'un jeune officier, Guy Rossi, en poste à Saint-Arnaud en Algérie quarante ans auparavant.
Mon Colonel frappe avant tout par sa simplicité. Décrire un contexte politico-militaire aussi complexe que l'était la position de l'armée française en Algérie en 1957 relève d'une certaine maîtrise et d'une réelle intelligence dans la narration. Car une grande partie de la réussite du film reposait sur la compréhension de la situation cornélienne et intenable pour les militaires français à cet endroit, à cette époque. Tous ces imbroglios diplomatiques, policiers, militaires, politiques, sont ici parfaitement disséqués. L'hypocrisie de l'Etat français, condamnant certaines pratiques de son armée, bien que fermant ostensiblement les yeux sur celles-ci. Une armée mise dos au mur, entre absence de consignes claires du gouvernement, obligation de conserver l'Algérie française et un légitime instinct de survie. Mon Colonel décrypte astucieusement dans quelques scènes le malaise entre pouvoir étatique et pouvoir militaire, dans la confrontation entre le colonel Duplan et le préfet, sans parler des rapports avec les populations locales.

Le film pose plusieurs questions graves et interroge notre conscience plutôt que de porter un jugement. Le récit adopte un point de vue évitant tout manichéisme et parvient ainsi à traiter des sujets complexes habilement : pratique de la torture, collaboration, impérialisme... Les limites de la morale sont souvent dépassées, ou du moins questionnées par les personnages, mettant en exergue l'engrenage de la violence et son aboutissement inéluctable aux horreurs de la guerre. Horreurs de la guerre ou horreurs des hommes ? Les militaires prennent-ils pour prétexte le concept de « guerre » pour justifier l'atrocité de leurs actes, ou est-ce la guerre qui les amène à de telles extrémités ? Là encore, la caméra ne juge pas tant les personnages qu'elle n'incite à la réflexion personnelle. Chacun se fera sa propre opinion, mais le simple fait qu'un long-métrage hexagonal montre aussi clairement certaines pratiques avérées depuis belle lurette par les historiens impose le respect.



































