
INTERVIEW : SAVIN YEATMAN-EIFFEL (OBAN STAR-RACERS)
Tout sur OBAN STAR-RACERS - Le 2006-11-17 12:37:44
DVDRAMA : Comment avez-vous débuté ?
Savin Yeatman-Eiffel : J'ai étudié le cinéma dans une école en Angleterre et à la Fémis en France. Après avoir obtenu mon diplôme et alors que je travaillais sur des projets de courts métrages, j'ai développé parallèlement un concept de jeu vidéo sur le monde du cinéma. Gaumont Multimédia s'y est intéressé. Le jeu ne s'est jamais fait mais ils m'ont embauché pour travailler sur leurs nouvelles séries d'animation. Je me prenais beaucoup la tête sur mes scénarios à cette époque et j'ai pensé que ce serait une bonne idée de me former au rythme rapide de la télévision. C'était aussi l'occasion de faire de la science-fiction, de toucher à des univers qui me plaisaient beaucoup et qu'on n'a pas l'occasion d'approcher facilement en France. J'ai travaillé pour Gaumont et pour d'autres boîtes d'animation pendant trois ans et demi. J'ai créé plusieurs séries, j'ai écris énormément de scénarios, ça été une école très intéressante mais j'ai fini par me sentir frustré. Je trouvais le système français assez bloqué. L'esprit d'équipe fonctionne mal, tout le monde travaille dans son coin et les scénarios en particulier sont très mal intégrés à la chaîne de production. Comme les budgets sont assez conséquents, les chaînes et les producteurs ont généralement peur de prendre des risques - l'ambition des projets en souffre.
Comment se déroule la fabrication d'une série d'animation habituellement ?
Pour financer un projet d'animation, on a besoin de plusieurs partenaires pour couvrir le budget. Au final, on se retrouve très souvent avec une chaîne française qui veut ci, une chaîne anglaise qui veut ça, et ainsi de suite. Une fois partis en production, il est très difficile de mettre tout le monde d'accord et on se rabat généralement sur le plus petit dénominateur commun au niveau de la création. Un autre gros problème qui plombe les projets, c'est la sous-traitance. Quasiment toute l'animation occidentale est sous-traitée, généralement en Asie. Les projets 3D sont sous-traités en Inde, les projets 2D en Chine ou en Corée - dans le meilleur des cas. On ne fait que de la création en France, puis on envoie un gros paquet de dessins à l'autre bout du monde à des équipes qui ont généralement une vision assez limitée du projet, et on attend en croisant les doigts que l'animation qui revienne soit à la hauteur. L'animation est au coeur de notre métier et en ce qui me concerne, je veux être au milieu du studio - là où la fabrication se fait. Je veux pouvoir établir des contacts directs avec toutes les personnes impliquées sur le projet, à quelque niveau que ce soit - être en mesure de contrôler leur travail et leur insuffler les grandes lignes artistiques, leur faire sentir que le projet leur appartient aussi. C'est une des raisons pour laquelle je tenais tant à partir faire Oban au Japon.

Quelles autres leçons avez-vous tiré de cette expérience ?
J'ai pris conscience durant cette période que j'adorais l'animation - ou plutôt, je m'en suis rappelé. J'avais un peu oublié tout l'impact que l'anim' avait eu sur moi dans mon enfance. Les grands classiques de l'animation japonaise qui ont débarqué à la télé à la fin des années 70 ont été une grande claque pour toute ma génération. Auparavant, les programmes pour enfants se résumaient à Nounours et aux cartoons stéréotypés d'Hannah et Barbera. Tout d'un coup, on découvrait des univers complètement incroyables, les robots géants de Goldorak, les batailles épiques d'Albator - et surtout une formidable émotion. Les émotions simples de la vie d'Heidi dans ses montagnes, les malheurs de Candy et la force avec laquelle elle leur faisait face... Il y avait parfois des choses très fortes, même dures, qui m'ont profondément secoué et m'ont fait beaucoup de bien. On ne nous prenait tout à coup plus simplement "pour des enfants". Je garde beaucoup de souvenirs très attachants de cette époque-là. Je pense que les enfants ont besoin qu'ont leur fasse ressentir, qu'on leur ouvre les yeux sur le monde. Malheureusement, l'animation japonaise a vite été prise à parti par certains politiciens - et en particulier par une certaine politicienne (rires). Résultat l'animation japonaise a quasiment disparu du petit écran pendant pas mal d'années. A la place, on nous a abreuvé de séries gnangnan dont la seule vocation, en faisant simple, était de vendre des jouets américains. Si j'avais continué à suivre l'animation japonaise de loin - j'avais un ami qui allait souvent au Japon et il ramenait des cassettes qu'on se regardait sans sous-titres - je n'avais jamais envisagé de travailler dans ce milieu. Mes premières expériences en France m'ont donné envie de m'y mettre, mais de m'y mettre vraiment : si je continuais, ça serait pour essayer de faire des séries aussi intenses que celles que j'avais aimées quand j'étais môme. C'était ça où je passais à autre chose.
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