
DOSSIER MARTIN SCORSESE : PARTIE 1
Martin Scorsese est un réalisateur d'une polyvalence unique. Il peut signer des films à la fois très proches de la réalité et en même temps métaphysiques dans leur thématique (
Mean Streets, Taxi Driver, After Hours, A Tombeau Ouvert, Les Affranchis, Casino). Il développe ainsi, parallèlement à une vision directe et violente de la réalité, une morale qui lui est propre.
VOYAGES AU BOUT DE LA NUIT
L'une des clés de Martin Scorsese, c'est qu'il fut un enfant malade, tenu à l'écart dans son enfance par un asthme grave. Il dit lui même que le seul point de vue qu'il avait avec l'extérieur, c'est celui qu'il avait de la fenêtre de sa chambre, dans le Brooklyn de l'époque, un quartier populaire avec son lot de personnages pittoresques et de petites frappes. Toute une partie de sa filmographie, la plus personnelle, s'en ressent. Même s'il choisit très tôt de montrer la réalité crûment et dans toute sa violence, et qu'il est l'un des premiers à avoir osé, son cinéma n'est pas pour autant documentaire, mais profondément métaphysique. Sa perception est celle des gens tenus à l'écart, à cause d'une maladie chronique ou d'un handicap. La vie ordinaire revêt toujours pour eux un caractère particulier, presque extraordinaire et symbolique. Et Scorsese qui a passé une large part de son enfance à être spectateur, a ressenti plus fort ce que quelqu'un de libre de ses mouvements ne percevrait pas.

Ainsi tout en montrant très directement la réalité, paradoxalement, il parvient à la sublimer, parce qu'il en a une perception très particulière. Coppola a développé le même genre de décalage en restant cloué à un lit par la polio pendant de longs mois dans son enfance. Une volonté de représentation et de contemplation qui a fait naitre leur vocation de cinéastes.
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