
HAPPY FEET
Un film de George Miller
Avec les voix de Elijah Wood, Brittany Murphy, Hugh Jackman, Nicole Kidman, Hugo Weaving, Robin Williams
Durée : 1h48
Date de sortie : 06 décembre 2006

Le film Happy Feet débute en plein milieu du cosmos, sur les paroles de la chanson des Beatles, Golden Slumbers : “Once there was a way to get back homeward... Once there was a way to get back home.” (Autrefois existait un chemin du retour... Autrefois existait un chemin pour retourner au foyer.) La caméra plonge au coeur de la Voie lactée et passe au-dessus du Soleil, sur lequel vient s'inscrire en relief le titre du film. Puis nous nous dirigeons enfin vers cette petite boule bleue qu'est notre Terre, et plongeons dans la banquise où va débuter notre histoire.
Ce qu'il y a de pratique avec les cinéastes érudits et précis tels que George Miller, c'est qu'en quelques secondes seulement, leur note d'intention sonne comme la plus prometteuse des invitations et ouvre en grand l'étendue de leur ambition. A l'inverse, ce qu'il y a de terrible avec un film tel que Happy Feet, c'est que sa limpidité, sa simplicité et sa facilité d'approche interdisent presque d'évoquer ce qu'il représente vraiment. Comment, en effet, expliquer qu'un dessin animé rigolo, avec des pingouins qui font des claquettes sur la banquise, s'avère l'un des films les plus brillamment intelligents à nous être parvenus cette année, toute catégorie confondue ; et ceci sans passer pour un critique farceur qui aurait un peu abusé du punch coco ?

Pourtant les faits sont là, inscrits en toute lettre, à la fois dans la structure du récit et dans sa mise en scène. Le récit tout d'abord, qui s'inscrit dans la tradition immortelle (mais si souvent assassinée !) de la quête initiatique : parce que l'oeuf où il reposait a été violemment secoué durant sa gestation, le héros Mumble naît « anormal », marqué par sa différence au sein du groupe, incapable de s'intégrer à la structure existante. Il est d'emblée condamné par la Providence à suivre ce que la mythologie comparée appelle « la Voie de gauche », c'est-à-dire une quête initiatique individuelle qui le mènera à modifier la structure du groupe tout entier, à le faire évoluer vers un stade plus avancé que « l'anormalité » du héros annonçait (avant qu'on ne nous accuse d'être des monomaniaques, rappelons que George Miller est l'auteur d'une des préfaces à l'ouvrage de Joseph Campbell Les Héros sont éternels, livre de référence de la mythologie comparée).
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