LE COIN DU CINEPHILE : SWEET MOVIE (DUSAN MAKAVEJEV)
" Ecoeurant comme si on mangeait à plusieurs reprises un gâteau bourratif et qu'on nous forçait violemment à en reprendre une part. A la fin, on est obligé de vomir: Sweet movie est un film qui dégueule et fait dégueuler."
Le film commence par un show-télévisé peu commun: une élection de miss Monde où les concurrentes, issues de pays différents, sont dirigées par une vieille peau et doivent se faire examiner l'hymen par un gynéco pervers sur un plateau télévisé. L'animateur est en transe, danse en recevant les demoiselles plus ou moins farouches jusqu'à ce qu'arrive Miss Canada, interprétée par Carole Laure, visage de poupée sur un corps vierge de pute, qui remporte l'élection: elle est Miss Monde 1984. Livrée en pâture à un business américain, elle décide de fuir le monde doré des luxes faciles et de se réfugier, seule, à Paris, dans la luxure et le cradingue. Parallèlement, une femme (Anna Prucnal) vogue sur les fleuves avec son bateau rempli de sucreries et croise un quidam (Pierre Clémenti) qui exhibe son pénis sans pudeur. Sweet Movie, qui n'a rien d'un film doux, est au contraire un produit tourné dans la douleur. Les scènes les plus crues ne figurent pas dans la version originelle du film (normalement, on devait voir Carole Laure plonger nue dans une piscine de chocolat et des figurants se rouler dans leurs propres excréments). Sur le plateau, les conditions deviennent épouvantables notamment pour l'actrice qui a failli être dégoûtée du cinéma à vie par l'expérience traumatisante (Makavejev lui a demandé d'égorger un mouton vivant et après son refus, voulait lui coller une ceinture de chasteté munie d'un cadenas dont il avait la clé). Les tensions entre les deux artistes ont été vives mais c'est toujours nécessaire de générer des anecdotes tordues sur les films scandales ou scandaleux (vous verrez prochainement qu'Alejandro Jodorowsky aura son mot à dire sur le sujet Peter O'Toole).
Dans Sweet Movie, l'intenable Dusan Makavejev, responsable d'autres horreurs pelliculés aux titres charmants, utilise les bruitages, les musiques, les répétitions d'image, les montages alternées pour imposer une sarabande nerveuse, psychédélique et enfiévrée. En enchâssant des séquences aléatoires, il organise un spectacle décadent avec des symboles phalliques, des allusions égrillardes et des gags au goût très douteux. Carole Laure et Samy Frey font l'amour sur la tour Eiffel pendant que les badauds passent, sans se douter du spectacle aux alentours. Plus tard, la même Carole Laure se casse un oeuf sur la tête. Encore plus loin, une grande scène éructante de renaissance, où les personnages régressent dangereusement, équivaut cinématographiquement à une Isabelle Adjani qui fait sa transe dans le métro dans Possession, d'Andrzej Zulawski.
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