Certains cinéastes n'ont pas la reconnaissance qu'ils méritent. A chaque long-métrage de Tony Scott, il est plus ou moins toisé par la critique. Il a certes fait quelques mauvais films, qui, paradoxalement lui ont valu le succès. Il est certain que
Top Gun était à lui seul une parodie avec son scénario insipide, ses dialogues involontairement hilarants ou très vulgaires et ses personnages psychologiquement taillés à la serpe. Cependant, nul ne vient contester la virtuosité de mise en scène de ce merveilleux nanar, notamment et surtout pendant les scènes de vol. Si Tony Scott n'avait été le réalisateur que de ce film et de
Jours de tonnerre avec l'acteur à minettes par excellence de l'époque, Tom Cruise, on aurait pu lui en faire reproche, ainsi que de la suite du
Flic de Beverly Hills. Seulement, en dehors de ces oeuvres opportunistes mais néanmoins assez bien troussées, se développe très tôt un style unique et la patte d'un véritable auteur.

Alors quand Quentin Tarantino salua le réalisateur de
Revenge et l'imposa in extremis (il avait déjà signé avec quelqu'un d'autre) pour réaliser
True Romance, l'un de ses premiers scenarii et sans doute celui qui lui était le plus intime et le plus cher, on se dit qu'il faut sortir de ces préjugés paresseux qui cataloguent un réalisateur comme superficiel et esbroufeur, simplement parce qu'il vient de la pub. Bref, ce genre de critique est fautive, surtout qu'on peut sans trop se tromper parler de grands films, de contributions importantes, voire de chefs d'oeuvre quand on évoque
Revenge, Spy Game, Man on fire ou même
Domino. L'un des rares réalisateurs à ne pas sombrer dans le lénifiant et le politiquement correct, dans la forme comme dans le fond, à montrer la violence telle qu'elle est, à oser les jurons. Pour dire les choses : un réalisateur qui a des couilles.
Il s'agit d'ailleurs de quelqu'un dont on connaît à peu près toute la filmographie sans vraiment s'en rendre compte. Ce qu'on sait moins, c'est que dès son premier film,
Les Prédateurs, éreinté à sa sortie car jugé trop esthétisant (alors qu'il était déjà précurseur dans son montage), Tony Scott affirmait un style, du moins l'annonçait. D'une histoire extrêmement originale mêlant vampirisme et réflexion sur le vieillissement, Tony Scott impose un traitement nouveau. C'est déjà un réalisateur expérimental, un maître du montage avec des images nerveuses, frappantes et efficaces qui deviendront sa marque. Il offre à Deneuve un très beau rôle qui colle à sa beauté froide et une excellente performance de David Bowie, qui se révèle être un acteur de tout premier ordre (souvenons nous da sa prestation dans
Furyo), hélas trop rare au cinéma. Il campe un homme de trente ans qui subit un vieillissement accéléré jusqu'à mourir en fin de journée. Dans le traitement audacieux, à la fois choquant et esthétique, nerveux et sensible, avec de beaux moments accompagnés de musique classique, presque chorégraphiés, on reconnaît déjà l'art du metteur en scène. Il a pu être qualifié d'artificiel alors que c'est une véritable création cinématographique.

Mais Scott a pu se fourvoyer et mettre sa maestria de mise en scène au service de films qui ne le méritaient pas. A revoir
Top gun en particulier, on est face à un sommet de médiocrité scénaristique. Le film en devient presque parodique -dans ses dialogues hyper machos avec des hommes des vrais, et cette scène d'amour ridicule en contre jour, très eighties, sur fond de « Take my breath awaaaaay »-. Seulement, grâce à son réalisateur, il est indéniablement fun dans ses combats aériens. Malgré ses côtés totalement grotesques qui inspirèrent quelques mauvais esprits dans le premier
Hot shots, il est sauvé de l'oubli pas ses morceaux de bravoure là, nerveux, palpitants, qui vous collent encore au siège. De même pour les scènes de course dans
Jour de tonnerre, deux films qui sont le fruit de sa collaboration avec le producteur Jerry Bruckheimer, capable du meilleur (
Pirates des caraïbes) comme du pire (
Pearl Harbor).