
BOBBY
Un film d'Emilio Estevez
Avec Anthony Hopkins, Demi Moore, Sharon Stone, Elijah Wood, Heater Graham, Joshua Jackson
Durée : 1h52
Sortie le 24 janvier 2007

Plus que la mort de celui qui devait succéder à son frère, Bobby raconte comment en un lieu commun, l'Hôtel Ambassador de Los Angeles, scène d'un théâtre maudit, tant de gens qui s'ignorent, se retrouvent tous liés par le drame, ce point culminant qu'est l'évènement, dans sa dimension la plus abrupte, rassembleuse et hasardeuse. Mais Bobby c'est tout autant l'histoire d'une impuissance partagée et d'une douleur commune, celle de ceux qui assistent à l'assassinat sans pouvoir rien dire ni faire. Ainsi le récit de la rencontre fortuite et dramatique de ses vingt deux acteurs va produire et marquer radicalement la fin de l'espoir.
En effet, Emilio Estevez, le réalisateur, frère de Charlie Sheen et fils de Martin, en suivant plus d'une vingtaine de personnages, fait vivre le meurtre attendu et montre l'horreur de voir naître un nouveau martyr. Au travers des yeux de ceux qui en seront les victimes physiques, certes, mais plus encore dans l'ensemble des yeux de ceux qui croyaient en lui. Dans cette optique, la tragédie est montrée par l'entremise de visions subjectives, anonymes ou presque toutes, celles de la masse, du nombre, de l'indistinct, dans une démultiplication de regards qui impliquent aussi bien l'américain lambda que le noir militant, le latino ou la chanteuse alcoolique, en somme, l'ensemble du corps social américain. Ainsi, on ne saura rien ou presque de ces trop nombreux personnages, à peine pourra-t-on glaner quelques détails censés leur donner chair et présence, mais nullement nous ne saurons leur réelle histoire. Dans la même veine, Robert F Kennedy ne sera jamais montré en dehors d'illustrations médiatiques et d'images d'archives. La monstration choisie est dès lors clairement l'expression d'une volonté politique, narrative et historique, celle de créer par le biais de la fiction, du mythe, pour replacer celui qui fit de nombreuses fois plier son président de frère, au rang d'icône et glorifier cette figure sacrificielle telle un modèle à retrouver, telle une espérance que l'époque gâcha et notre temps ne saurait compenser ou même approcher.

Véritable panégyrique autour de la figure du rénovateur et de l'acteur politique et moral, Bobby replace effectivement en creux l'homme Kennedy au centre du métrage, puis il le dépasse et crée plus encore le personnage politico médiatique Bob Kennedy, celui du saint martyr, en ne le représentant plus qu'au coeur de la médiation de ses discours idéalistes et volontaristes. L'icône est par conséquent (re)créée par l'image de cinéma et sa force amplifiée et accrue.
[p1] [p2] [p3] [p4] [p5] [p6] [p7] [p8] [p9]
![]() | ||
CINE : BOBBYWork-in-progress réalisé par Emilio Estevez, Bobby s’attache à des person... | ||







CINE : BOBBY































