
CINE : LE DERNIER DES FOUS
LE DERNIER DES FOUS
Un film de Laurent Achard
Avec Julien Cochelin, Pascal Cervo, Annie Cordy...
Date de sortie : 3 janvier 2007

Certainement l'une des premières bonnes surprises de l'année prochaine, d'autant plus surprenante qu'elle est hexagonale (ami des block-busters US pétaradants, ce film n'est pas pour toi), Le dernier des fous, adaptation du roman The Last of the crazy people, de l'écrivain canadien Timothy Findley, a tout du film étonnant qui ne cherche pas à plaire et semble construit comme une bombe à retardement. Sorte de prolongement du court-métrage La peur, petit chasseur, le récit est entièrement narré, ou plus précisément perçu parce qu'il est question de sensibilité et de sensorialité, à la hauteur de son protagoniste enfantin, au visage étrange, à la silhouette svelte, qui va apprendre pendant un été tragique à couper définitivement le cordon ombilical. Son univers - anxiogène, comme tous les bons films sur l'enfance - est fragmenté par différents personnages, représentatifs du monde des adultes: la démission totale du père, l'aigreur de la grand-mère, l'absence inquiétante de la mère dont la folie travaille au corps et à la raison, la tristesse du frère plaie d'amour frustrée et mortelle.

Dans ce déchirement de passions plus ou moins souterraines (les personnages ne cachent pas leur haine réciproque qui peut exploser lors d'un repas), le cinéaste ausculte un enfer familial où les non-dits deviennent assassins au sens propre. Pendant tout le film, les sourires seront absents, les mystères bien cachés, les blessures bien ouvertes. Et quand ça ne suffit pas, le réalisateur appuie de nouveau sur les plaies pour qu'elles saignent et se donnent au regard du spectateur, témoin des horreurs et autres crises d'hystérie, souvent hors champ, pour renforcer leur impact violent et justifier le dérèglement intérieur de personnages, prisonniers d'une ferme qu'ils peinent à vendre. Un peu comme les fantômes d'une ghost story sont prisonniers d'une maison. Le ton obséquieux n'est réservé qu'aux acheteurs, la politesse hypocrite qu'aux bourgeois. Les moments de tendresse sont rares, seulement lors de pauses de lecture entre deux frères ou le rapport complice avec une bonne qui, au centre des tourmentes, tente de garder la tête froide.
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