
CINE : DARATT
DARATT
Un film de Mahamat Saleh Haroun
Avec Ali Bacha Barkai, Youssouf Djoro, Aziza Hisseine
durée : 1h35
Date de sortie : 27 décembre 2006

Atim a seize ans. Il vit auprès de son grand-père dans un village du Tchad, en plein Sahel. Le vieil homme lui confie la mission de venger la mort de son père, exécuté par un membre des groupes armés pendant la guerre civile. Le gouvernement s'étant prononcé en faveur de l'amnistie des criminels qui ont pris part au conflit tchadien, les victimes d'hier aspirent à se faire elles-mêmes justice. Un revolver en poche, Atim part pour N'djaména où l'assassin, Nassara, tient désormais une petite boulangerie. Intrigué par la présence de ce jeune homme qui rôde chaque jour autour de sa maison, Nassara lui propose de l'embaucher comme apprenti. Après s'être immiscé dans la vie quotidienne de son ennemi, Atim noue peu à peu avec lui une relation étrange, mêlée de répugnance et d'incertitude. Jusqu'au jour où Nassara lui propose de l'adopter...
Daratt est l'histoire d'une vengeance retardée. Tout au long du film, coupable et justicier se tiendront en respect, comme deux adversaires muselés sur un ring de poussière. Echange singulier que cette lutte distante et pourtant frontale, dont l'extrême tension s'exprime par l'unique prisme des regards : chacun semble ici se livrer un combat intérieur, retardant l'instant fatidique du premier coup porté. Un face à face presque muet aux longues scènes et à la théâtralité manifeste, où le silence, pesant, met en exergue l'étrange attachement qui tacitement s'instaure entre Atim et Nassara. Ressort dramatique essentiel, le laconisme du boulanger, réduit aux limites du mutisme par une blessure à la gorge, place l'attente respective des personnages sous le signe de l'indicible. A la demande ouverte du pardon, Nassara préfère le rachat par la prière et la foi, tandis qu'Atim continue de taire une haine qu'il porte comme un fardeau.

Plus qu'un désir personnel, la vengeance représente, pour le jeune héros de Daratt, un devoir, un rite de passage vers l'âge adulte. Valeur ancestrale typique des sociétés closes, elle est l'héritage transmis par les pères, anéantis par la guerre, à leurs descendants.

































