

C'est un milieu que vous avez eu l'occasion de côtoyer indirectement, qu'est-ce qui vous a touché personnellement lorsque vous avez découvert ce récit, lorsque Frédéric Shoendoerffer vous a exposé son projet, le traitement qu'il envisageait d'en faire ?
Ce qui m'a plu dès le départ, sincèrement, c'est que ce soit déjà un film de Frédéric Schoendoerffer car j'avais adoré son premier long-métrage. Du coup, j'avais depuis longtemps envie de le croiser, de travailler avec lui, de le laisser me diriger. Après je me suis laissé, effectivement, littéralement envahir par le scénario que j'ai trouvé béton. J'ai eu surtout l'impression de lire enfin un vrai récit sur l'univers des voyous, ce qui est rare, et j'avoue que l'aventure est en ce sens devenue terriblement passionnante.

En quel sens ce récit est-il pour vous réaliste, plus réaliste que d'autres polars centrés sur des sujets similaires ?
L'un de mes amis, un ancien braqueur qui a fait 22 ans de prison et avec qui je travaille actuellement sur un projet, m'a déclaré un jour qu'il en avait marre de tous ces films qui mystifiaient la mentalité des truands, leur univers, me précisant que c'était un métier où le code d'honneur n'existe pas. Beaucoup en parlent mais il n'y en a jamais eu. Ce sont tous des cons, lui-même en avait été un longtemps, il a voulu échapper à cette existence, il a lutté pour s'en sortir et j'apprécie ce type de discours car il est vrai. Le scénario de Frédéric m'a plu car il n'a pas hésité à aller jusqu'au bout, c'est un film où tout le monde baise tout le monde. J'adore les films de Jean-Pierre Melville, évidemment, mais ils sont très éloignés de la réalité. Melville ne s'en cachait pas d'ailleurs et avouait ne pas dépeindre le milieu tel qu'il était mais tel qu'il le fantasmait. Il avait une fascination pour les voyous, des voyous particuliers tels qu'on les imagine, ceux qui sont en chacun de nous, mais des voyous qui au final ne sont pas ceux que l'on peut croiser au coin d'une rue. Ce film est bien parce qu'il est abrupt, ce sont vraiment des sales cons. Le propos de Frédéric est très fort et pour connaître un peu ce milieu il est resté très proche de la réalité dans les comportements, en s'inspirant d'ailleurs de deux affaires dont j'ai entendu parler et qu'il a mélangées. Evidemment, il y a incorporé des belles voitures, le côté flambeur, quelque peu stylisé, qui n'est pas forcément propre à tous les truands, mais le reste, les rapports, la façon de parler, d'être, la cruauté, tout cela est vrai. Les violences à la cave, par exemple, auxquelles s'adonnent Corti pour punir ceux qui le gênent, sont tirées d'un fait divers assez connu dans le milieu. Celui qui les pratiquait a d'ailleurs dû souffrir atrocement puisque, lorsqu'il a été pris par d'autres truands plus forts que lui, ils lui ont fait subir ce qu'il faisait subir aux autres mais en s'arrangeant pour faire durer le plaisir. Ils l'ont ensuite découpé en morceaux et l'un d'eux se baladait avec la tête dans son coffre pour la faire admirer joyeusement à tous ses potes. Voilà, c'est ça les voyous, donc Frédéric n'exagère pas. On lui reprochera peut-être cet axe, mais il a voulu montrer ce qu'était un voyou, désacraliser le mythe et éviter aux jeunes certaines tentations. On n'est pas dans un film interprété par Jean Gabin où tout est très aseptisé.
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