
ELECTION 2
Un film de Johnnie To
Avec Louis Koo, Simon Yam, Nick Cheung
Durée: 1h35
Sortie cinéma : 10 janvier 2007

La logique cinématographique voulant habituellement qu'une suite ne soit qu'une reprise étiolée et affadie de l'opus original, c'est à contre-pied que Johnnie To nous prend avec le second épisode de son diptyque mafieux, définitivement plus sombre, radical et imprévisible. Alors que le final d'Election 1 nous laissait embourbés dans une foule de considérations plus ou moins intéressantes sur le bien-fondé des traditions et le danger du modernisme à tout crin, Election 2 fait table rase de ses acquis pour mieux redistribuer les cartes, tout en prenant un malin plaisir à brouiller les pistes.
Cet opus, placé sous le signe de la traîtrise, sera celui des pires coups bas et des volte-faces les plus improbables. Très vite émergent trois candidats potentiels dans cette fameuse élection : Lok, celui-là même qui prônait jadis le respect des traditions sous la sainte bénédiction de l'Oncle Teng et qui concourt maintenant pour sa réélection ; Kun, hier allié des plus précieux et aujourd'hui désireux de surpasser le maître ; et Jimmy, le plus mystérieux des trois, et de loin le plus tordu. La question qui nous taraude dès lors est lequel de ces personnages sera le plus crapuleux au point d'accomplir les pires saloperies pour satisfaire sa cupidité ? Et si des enjeux externes, qui les dépassent totalement, entraient en compte dans cette affaire ? Le manichéisme de circonstance du premier épisode cède ainsi sa place à une critique acide de ce système mafieux qui, sous couvert de code de l'honneur, mène la vie dure aux valeurs chevaleresques, ainsi que des rapports hautement ambigus qu'entretient avec lui le gouvernement chinois. La portée scénaristique du film en est décuplée et fait d'Election 2 un véritable brûlot.

La rupture est d'autant plus brutale et frappante qu'elle se fond entièrement dans le corps du film : photographie baignant dans une noirceur inquiétante, dialogues au minimalisme épuré, silence pesant des plans descriptifs, parfois traversés par un funèbre cortège de violons aux tonalités sans équivoque : c'est la mort en personne qui rôde ici. Ce visuel glacial est amplifié par l'immobilisme constant de la mise en scène, qui prend ici toute sa valeur en trois actes répétés comme à l'infini : froideur du geste et du ton, fulgurance des exécutions, et discret recueillement devant ces destinées qui s'évanouissent dans l'indifférence la plus totale.
Ce petit supplément d'âme confère au film un contraste assez saisissant et met d'autant mieux en valeur la violence inouïe des expéditions punitives (l'incroyable scène de torture collective) et les savantes touches d'humour qu'affectionne To (le remake de la partie de pêche, Suet Lam déguisé en clown au beau milieu d'un rapt). Toujours plus proche de l'exercice de style que du véritable film mélancolique, Election 2 se pose comme l'un des polars les plus ténébreux de ces dernières années.
Augustin Derigny
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