
CINE : L'ILE AUX TRESORS
L'ILE AUX TRESORS
Un film d'Alain Berbérian
Avec Gérard Jugnot, Alice Taglioni, Jean-Paul Rouve, Vincent Rotttiers
Durée : 1h40
Date de sortie : 31 janvier 2007

Un trésor enfoui sur un îlot des Antilles.
Un pirate sanguinaire unijambiste, sans bateau, et sans la carte du trésor.
Une baronne mante religieuse, sans le sou, mais avec un bateau.
Un jeune homme sans peur et sans cervelle, mais avec la carte du trésor gravée quelque part dans sa mémoire défaillante.
Un médecin boit-sans-soif, spécialiste providentiel des mémoires défaillantes et autres amnésies atypiques...
Tous embarquent au levé du jour direction l'île au Trésor pour une expédition qui changera leurs destins.
Indéniablement, Alain Berbérian cherche à s'approprier cette histoire, à lui donner un sens très personnel. Il ne veut pas simplement transformer le classique en comédie familiale, chose aisée pour cet expert du divertissement destiné au grand public. Berbérian, un peu comme lorsqu'il réalisait le thriller Six Pack, cherche à sortir des sentiers battus, essayant justement d'aller là où on ne l'attend pas. Le cinéaste utilise clairement son image de machine à succès facile et sans grande valeur artistique pour remanier à sa guise une grosse production au destin a priori tout tracé, du succès en salles à la programmation du dimanche soir sur TF1.

Tous les ingrédients sont donc présents pour passer, pense-t-on, 1h40 de divertissement tranquille et routinier. Les acteurs populaires, menés par un Gérard Jugnot déchaîné, les décors et les costumes d'époque bien proprets, les gags à répétition. Mais voilà, le réalisateur de La Cité de la peur se souvient que le cinéma peut aussi être un art, et décide de prendre une direction absolument improbable. Sous couvert de comédie bon enfant, L'île aux trésors est ainsi parsemée de détails graveleux, d'évocations sexuelles, de meurtres en pagaille et même de cannibalisme !
En surface Berbérian tient son cahier des charges, à savoir un rythme haletant avec quasiment un gag à chaque plan, une histoire linéaire facile à suivre, une mise en scène léchée à grands renforts de musique grandiloquente. Bref, un formatage auquel le réalisateur est parfaitement rôdé, et du coup exécuté avec grande facilité. Mais sous ce calibrage familial qui tire son essence même de sa platitude, L'île aux trésors réserve des scènes à la portée étonnamment violente. Dès lors la question se pose : était-ce vraiment le bon film pour montrer des scènes de cannibalisme, évoquer plus qu'explicitement des sujets tels que l'homosexualité, la nymphomanie, l'esclavage, le tout enrobé d'un joli papier cadeau de type comédie familiale ? Une grande partie du public ne se rendra peut-être même pas compte de la gravité des sujets abordés et se contentera de rigoler aux gags, qui ne cessent justement de dédramatiser toutes les situations au demeurant peu risibles. L'autre partie ressentira sans doute un malaise auquel elle ne s'attendait pas et aura l'impression d'avoir été trompée.

Le film souffre en tout cas d'une identité floue et il est difficile de s'impliquer totalement. Le fait de voir la belle Alice Taglioni, corset ultra serré et mâchouillant de la chair humaine ne suffit pas à sauver L'île aux trésors d'un mélange des genres peu réussi.
Joe C.
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