LE COIN DU CINEPHILE : EATING RAOUL (PAUL BARTEL)
"Dans Eating Raoul, les pratiques sexuelles transgressives côtoient les mets cannibales et ces deux éléments font très bon ménage sans jamais tomber dans le graveleux et la provoc fastoche."
Remballez vos tickets restaurant et allez goûter de ce junk cinéma, abrasif et insolent. Dès les premières images, une voix-off goguenarde se moque d'Hollywood et vante la gloire d'une Amérique parfaite. Puis, un rail de coke, un jeune homme qui se masturbe sur sa revue porno, des prostituées qui font le tapin. Hollywood, c'est le territoire des riches et des pauvres, des putains et des clodos. Eating Raoul, de Paul Bartel (réal, scénariste et acteur dans le cas présent) raconte une histoire pas triste à partir de deux thématiques propices à titiller l'amoralité : le cannibalisme et la vénalité.
Paul Bland est un américain lambda. Aujourd'hui, sa journée de boulot n'est pas glop : un braqueur black qui fait du rap en réclamant la thune de la caisse s'est fait buter par son boss à chemise Hawaïenne titillé par des problèmes oenologiques, qui quand ça lui prend le traite comme de la sous-merde. Mary, sa femme, elle, est infirmière, chargée de servir de la bouffe dégueulasse à tous les patients et d'envoyer bouler ceux qui fantasment un peu trop sur elle. Les deux amoureux pas gâtés par l'existence rentrent de concert du boulot et n'ont pas le temps de rire. Un soir, un pervers sexuel qui s'est trompé d'appartement, les voisins aimant bien faire d'immenses orgies décadentes avec l'esthétique qui sied (les images parlent mieux), débarque dans leur nid douillet. Le mari le tue en lui donnant un coup de poêle à frire. Dans ses poches, il trouve un portefeuille bien rempli.
Désirant à tout prix changer leur quotidien palot et faire entorse à la litanie quotidienne du boulot métro dodo, ils décident à leur tour d'organiser des orgies à domicile, de zigouiller les convives, de grappiller leur argent et ainsi de se faire plaisir en ouvrant le restaurant tant rêvé. Une success story comme Hollywood aime à en raconter beaucoup trop, sous le regard ironique d'un croisement improbable entre Verhoeven (ascension sociale par le vice) et Waters (kitsch forever). Nos chers Paul et Mary sont toutefois rapidement confrontés à un problème : se débarrasser des corps qui commencent à encombrer l'espace vital. Jusqu'à ce que Raoul, bombe sexuelle - et dynamiteur sexuel inconscient - ayant décelé leur petit secret, s'introduise dans leur vie et la bouleverse définitivement. Ne pas oublier que dans Eating Raoul, il y a Raoul. Le plus idiot de tous n'est pas celui qu'on croie.
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