
LE NOMBRE 23
Un film de Joel Schumacher
Avec Jim Carrey, Virginia Madsen
Date de sortie : 28 février 2007

Voici le film qui aurait pu être à Joel Schumacher ce que L'échelle de Jacob était à Adrian Lyne : l'heureux accident de parcours. Ne nous réjouissons pas outre mesure. A en croire le synopsis, le vingt-troisième film de Joel Schumacher, ironiquement baptisé Nombre 23, serait placé sous le signe de la malédiction. Cas intéressant, d'autant que Joel Schumacher ne se hasarde pas si souvent dans le registre du fantastique pur et c'est pourtant là-dedans qu'il a livré ses meilleurs films (Génération Perdue). La trame de cette oeuvre intrigante est construite comme un polar où tous les personnages - stéréotypés mais attachants - qui gravitent autour du protagoniste (Jim Carrey) peuvent être des démons potentiels comme des anges protecteurs. Jusqu'à la révélation finale qui vient chambouler tous les jugements hâtifs et assurer au détective que l'évidence était sous ses yeux.
Avec un regard actuel, le résultat paraît très référencé sans pour autant être déplaisant. Certaines idées sont intégralement pompées dans les films des frères Coen (Barton Fink) et de Lynch (Lost Highway). Des détails énormes (l'omniprésence diabolique du chien qui erre dans un cimetière au clair de lune fixant sa proie sans la lâcher) aux plus infimes (la coupe de cheveux de l'adolescent, similaire à celle du petit Damien) renvoient ouvertement à La malédiction, de Richard Donner. La simple présence de Virginia Madsen, revue récemment chez feu Robert Altman dans The Last Show, provoque incidemment des réminiscences de Candyman lorsqu'elle pénètre dans une pièce angoissante. Dommage que Philip Glass ne se soit pas occupé de la bande-son. Avec ses tentations baroques et ses mises en parallèles (ce qui se passe en réalité et ce qui s'agite dans le roman), le résultat binaire ressemble à un maelström mental, nourri de projections, de souvenirs et de signes abscons. Baignant dans la lumière de Matthew Libatique, chef-opérateur attitré de Darren Aronofsky depuis π et de Joel Schumacher depuis Tigerland, le film se contente de décliner des idées visuelles et narratives déjà vues ailleurs. Ça n'a rien de honteux mais on passe la projection à repérer tous les emprunts sans s'intéresser plus que de raison à une histoire somme toute banale.

Là où ça devient plus irritant, c'est lorsque Schumacher en fait trop et achoppe sur les symboles, les indices. Il n'y a pas une scène qui ne fasse pas référence au nombre 23, même de manière subliminale. Le spectateur est contaminé par la folie du personnage principal. Lorsque, sur une enseigne, les 11ème et 12ème lettres d'une annonce publicitaire ont les ampoules grillées, il suffit d'additionner les deux nombres pour que la somme donne 23. De même, quand le protagoniste se rend dans un cimetière et voit sur une stèle un personnage mort à l'âge de 23 ans, on pense à une malédiction, à une menace sourde, à une conspiration latente. On erre en plein purgatoire paranoïaque et certains effets tarabiscotés en disent long sur les ambitions d'un Schumacher qui sous couvert d'expérimenter (Phone Game et ses split screen n'ont visiblement pas suffi) a envie de se débarrasser d'une image réac ou fascisante pour privilégier le divertissement brut. Pourvu qu'il soit cérébral.








































