
LA CITE INTERDITE
Un film de Zhang Yimou
Avec Gong Li, Chow Yun-Fat, Jay Chou, Liu Ye, Li Man, Qin Junjie, Chen Jin
Durée : 1h54
Sortie le 14 mars 2007
Au Xe siècle, la Dynastie des Tang postérieurs domine encore la Chine. Au palais, la famille impériale se prépare au retour de l'Empereur (Chow Yun-Fat) après une longue absence. La Cité Interdite débute dans l'intimité de l'Impératrice Phoenix (Gong Li), un cérémonial quotidien aussi immuable que contraignant. Tyrannique avec ses serviteurs mais soumise elle aussi aux lois rigides du palais, l'Impératrice complote en secret contre l'Empereur, son époux qu'elle hait, en vue de le renverser. A travers les luttes de pouvoir et la résurgence des secrets familiaux les plus enfouis, La Cité Interdite raconte la fin d'un régime despotique gangrené par la corruption.

Plutôt que de se lancer dans un énième wu xia pian de luxe, Zhang Yimou explore une fois de plus le genre à sa manière en faisant de cette fresque à caractère historique une oeuvre intimiste. En effet, si La Cité Interdite tient, comme on le verra, largement ses promesses en matière de séquences martiales, ces dernières ne constituent pas l'essentiel du film. Zhang Yimou opte pour un récit résolument centré sur le développement de ses personnages et s'appuie sur un scénario fouillé qui explore avec finesse les liens cruels qui unissent les différents protagonistes, une famille dysfonctionnelle minée par des passions et des rancunes inaltérables. Oeuvre crépusculaire portée par des comédiens en état de grâce, La Cité Interdite possède une intensité dramatique remarquable et entremêle avec une habileté et une fluidité bluffantes les différentes sous-intrigues - relations des époux entre eux et avec leurs fils, passions amoureuses, complots - qui viennent progressivement se confondre en une seule pour se conclure dans un final grandiose.

Au vu de la bande-annonce, on craignait de ne pouvoir supporter plus d'un quart d'heure les costumes clinquants de la famille impériale et les décors outranciers du palais. Contre toute attente, Zhang Yimou exploite à merveille cette esthétique tape-à-l'oeil pour créer une atmosphère véritablement oppressante. Dans ce huis clos dont l'action se déroule presque exclusivement entre les murs du palais, le festival de couleurs et de textures confère à l'environnement qui entoure les personnages un caractère entêtant, presque chaotique, comme s'il menaçait constamment de les faire basculer dans la folie, d'autant plus que cet étalage de luxe offre un contraste saisissant avec la noirceur des relations humaines qui se dévoilent. On en vient rapidement à développer le désir pervers de voir les belles fleurs jaune vif qui bordent le palais se souiller par du sang. Le compositeur Shigeru Umebayashi (In the Mood for Love) vient joliment soutenir le trouble engendré au moyen d'une composition tour à tour majestueuse et lancinante, toujours en mineur.
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