

Vous étiez ingénieur en informatique. Comment et pourquoi en êtes-vous venu à faire des films ?
Quand j'étais étudiant en mathématiques à l'Université, j'écrivais toujours pendant mon temps libre, et j'ai commencé à tomber amoureux de ce que la littérature permet de faire. Je n'avais pas vraiment compris jusqu'alors qu'il y avait autre chose que l'on pouvait accomplir avec les métaphores et les autres outils littéraires qu'il y a dans les romans. Je croyais que les histoires étaient juste des choses intéressantes et divertissantes avant que je ne commence à lire beaucoup. Donc j'ai pensé qu'il fallait que je m'y essaie pour ensuite voir. J'ai écrit un tas d'histoires qui, je pense, n'étaient pas vraiment bonnes. Mais j'avais une sorte de passion pour cela. Donc j'ai obtenu mon diplôme d'ingénieur informaticien et comme je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire de ma vie, j'ai commencé à exercer en tant qu'ingénieur pour payer mes factures. Mais j'ai continué à écrire un roman et je m'y suis investi profondément. A un moment, j'ai réalisé que je n'aimais pas écrire des monologues intérieurs ou parler des émotions des gens s'il y avait un moyen de le montrer par leurs actions, leur environnement ou par un autre procédé, et j'ai finalement réalisé que je n'écrivais que ce que je pouvais voir. J'écrivais dans cette forme. Au même moment, beaucoup de grands films américains sont sortis et m'ont vraiment incité à réfléchir sur ce qu'il était possible d'essayer et de faire. Le film En compagnie des hommes de Neil LaBute m'a beaucoup inspiré car c'est un film à tout petit budget, je crois dans les 20 000 dollars, mais c'est super et ça m'a montré comment on pouvait s'en sortir. Donc je me suis mis à écrire sous forme de scénario en réfléchissant à comment je pourrais le réaliser, et il ne m'est pas vraiment venu à l'esprit que je pouvais essayer de trouver de l'argent pour faire le film. Je n'avais jamais rien écrit et personne n'allait me donner le moindre dollar. Donc j'ai commencé à mettre de l'argent de côté à cette période et j'ai réuni près de 7 000 dollars. Robert Rodriguez avait tourné son premier film El Mariachi pour 7 000 dollars en format 16 mm, et s'il pouvait le faire, je pouvais le faire aussi. C'est à ce moment-là que je me suis vraiment mis sur le scénario en écrivant pour des lieux auxquels je savais que je pouvais avoir accès, et en écrivant avec des outils que j'apprenais à utiliser. Pendant mon temps libre je travaillais comme ingénieur informaticien. Finalement, on a commencé à tourner et je me suis rendu compte que j'étais naïf. Je n'avais pas compris à quel point cette manière de faire allait être décourageante. Mais je pense que j'ai été chanceux d'être aussi stupide, parce que si j'avais su ce que je sais maintenant, j'aurai probablement attendu beaucoup trop longtemps...

Primer est votre premier film et il apparaît assez compliqué à comprendre. Pouvez-nous nous résumer l'histoire du film ?
L'histoire est sur des types qui ont un boulot de col blanc pendant la journée, et le soir, ils se retrouvent dans le garage de l'un deux pour bricoler et inventer des choses dont ils espèrent que ce sera la prochaine découverte importante qui les rendra riches et leur permettra d'atteindre le « rêve américain » en quelque sorte. Et ils suivent une idée qui doit finir par leur donner la capacité d'être ce qu'ils veulent être dans la vie, comme obtenir de gros gains financiers, ou être considéré comme un héros ou se faire un nom. Donc le film est sur leur progression vers cela et comment cela change leurs relations et leur aptitude à se faire confiance mutuellement quand l'autre a ce pouvoir.
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