

Quelles ont été vos impressions à la lecture du scénario ?
Valérie Donzelli : J'ai eu l'occasion de lire le scénario très en amont. En tant qu'actrice, j'avais prêté une attention toute particulière au personnage de Maïté et je l'avais vraiment trouvé magnifique. Ce qui m'a tout de suite plu chez elle, c'est son côté verrouillé de l'intérieur, très secret, très mutique. Mais ce n'est que beaucoup plus tard, en juin 2005, que Jean-Pascal m'a proposé de l'interpréter.
Cyril Troley : Tout s'est passé beaucoup plus rapidement en ce qui me concerne : Jean-Pascal a souhaité me rencontrer, il m'a dit qu'il voulait travailler avec moi, et il m'a donné son scénario en me proposant d'interpréter le gardien de prison. En sortant de ce rendez-vous, j'étais assez troublé. J'étais conquis par la générosité de Jean-Pascal et par la confiance qu'il me faisait, puisqu'il me proposait un rôle important sans même me faire passer d'essais. Mais je m'imaginais très mal en gardien de prison. Je me sentais tellement éloigné du maton tel qu'on l'imagine généralement... Mais cet a priori est tombé quand j'ai lu le scénario. Ce qui m'a justement beaucoup plu dans le personnage de Jean, c'est qu'il n'est pas fait d'un seul bloc : il est très différent selon qu'il se trouve à l'intérieur ou à l'extérieur de la prison. On s'intéresse à lui non pas pour le métier qu'il exerce, mais pour son humanité. Peu importe le cadre dans lequel les personnages évoluent, finalement. Ce qui m'a emporté, c'est le regard de Jean-Pascal sur les relations humaines.
Bruno Todeschini : Je pourrais reprendre les propos de Cyril à mon compte. Car dès la lecture du scénario, il m'a semblé assez évident que c'était à la vérité des personnages que Jean-Pascal s'intéressait et qu'il voulait accéder. Il était clair que c'était-là sa priorité. Avant de m'adresser son scénario, Jean-Pascal est venu vers moi en s'excusant presque de me proposer un rôle qui n'était pas le personnage principal du film. Mais la longueur d'un rôle n'est jamais déterminante pour moi. La beauté du rôle, l'ambition d'un projet et l'exigence d'un réalisateur pèsent beaucoup plus lourd dans mes décisions. Et pour 7 ans, mon adhésion fut immédiate. Le rôle de Vincent est un rôle absolument magnifique, plein de contradictions, profondément humain. Pour moi, il était hors de question de passer à côté. Le scénario à peine refermé, je voulais déjà le défendre.

Que connaissiez-vous de la prison avant de faire ce film ?
Bruno Todeschini : Mon expérience de l'enfermement remonte à l'armée. C'est donc assez lointain et ça n'avait pas grand-chose à voir avec ce que vit Vincent dans le film. Mais le fait de ne pas connaître grand-chose sur la prison n'a pas été un handicap pour moi. Tout était très bien posé dans le scénario et, derrière le détenu, il s'agissait d'abord de capter l'individu. Avec Jean-Pascal, nous avons beaucoup parlé et sa connaissance de l'univers carcéral a comblé mon ignorance sur le sujet.
Cyril Troley : Moi, j'ignorais vraiment tout du monde de la prison. Jean-Pascal en était bien conscient, mais il ne voulait pas que j'arrive sur le tournage avec trop de références non plus. Il ne voulait surtout pas que je me mette à singer tel ou tel type de maton. Ce qui, finalement, m'a le plus aidé, c'est la présence sur le tournage d'un ancien gardien de prison, Jean-Pierre Felder. Il a été formidable car il m'a donné plein d'indications quant aux obligations et au quotidien d'un gardien, sans jamais être dans la caricature. Le costume m'a beaucoup aidé, aussi. C'est un costume proche de celui des gendarmes et il m'a donné une posture, il m'a permis d'affirmer une certaine autorité. Pour le reste, je me suis fait confiance. C'est ce que Jean-Pascal voulait : que je reste un jeune homme dans les habits d'un gardien.
Valérie Donzelli : L'univers carcéral m'était aussi complètement étranger, mais je n'ai pas essayé de me documenter pour autant. Ce n'est pas dans ma façon d'appréhender un rôle. Pour moi, tout tient dans l'intimité que j'ai avec le personnage que je dois interpréter. Je m'en suis donc tenue à ce qu'il y avait dans le scénario de Jean-Pascal et je me suis concentrée sur mon intimité avec le personnage de Maïté, comme si je l'avais très bien connue et qu'il s'agissait, pour moi, de la faire revivre.



































