

Qu'est-ce qui vous lie ainsi à l'univers carcéral ?
Je voulais avant tout raconter une histoire d'amour et je me suis ensuite penché sur la situation d'un ami qui a été incarcéré durant plusieurs mois et que j'allais voir régulièrement. Je croisais sa femme, la retrouvais au parloir et j'ai ainsi suivi l'évolution de leurs rapports, les épreuves qu'ils ont traversées, la frustration, l'absence, l'abstinence... Je me suis dit que c'était un sujet rarement traité. Le fait de devoir renoncer à tous les plaisirs lorsque la personne qu'on aime se retrouve derrière les barreaux et que toute la magie du couple n'existe plus que par l'imaginaire. Car il faut beaucoup d'imagination pour pouvoir faire perdurer l'amour dans cette situation. Il faut réussir à préserver un lien sentimental en passant l'obstacle du parloir.
Pourquoi avoir commencé par tourner un documentaire ?
En fait ce n'est pas un documentaire qui porte exactement sur le même sujet, mais plus sur les gardiens de prison, cependant l'idée du film s'est effectivement imposée à ce moment-là. Je me suis immergé pendant cinq jours dans le milieu carcéral et cette expérience a enrichi mon sujet.

Vous vous êtes axé d'ailleurs sur un gardien de prison dont la personnalité et le physique rompent avec de nombreux clichés...
J'avais été particulièrement frappé par la vision des détenus durant mon tournage et la version de mon propre ami, tous évoquaient la place centrale du gardien dans la vie du prisonnier. C'est celui qui le surveille, mais c'est également celui qui ouvre les portes le matin, celui qui peut lui rendre la vie facile ou plus difficile. Et puis il est le seul lien véritable que le détenu peut avoir avec le monde extérieur, donc, dans son imaginaire, il représente beaucoup de choses, un espoir, une ouverture. Quand ce personnage est arrivé dans l'écriture, j'ai eu envie immédiatement d'installer une relation assez puissante entre lui et le héros, mettre en évidence ce lien unique et je l'ai glissé ainsi au centre de la vie sentimentale de ce couple afin qu'il ne soit pas cloisonné au registre du fantasme.

































