LE COIN DU CINEPHILE : L'ECUREUIL ROUGE (JULIO MEDEM)
"Fertile en retournements de situation, terrain de passions exacerbées, L'écureuil rouge, quelque part entre mélo sensuel et polar ironique avec des écarts gores et des relents de fable onirique, souvent - pour le meilleur - à la lisière de la parodie et du grand guignol, constitue l'occasion sure d'expérimenter ce domaine de manière immense."
Plusieurs personnages se croisent dans cette intrigue construite comme un songe éteint : tout d'abord, une motarde (Emma Suarez), héroïne Hitchcockienne qui instille le mystère par sa simple présence, et un chanteur se rencontrent à cause d'un foutu (ou chanceux ?) accident. L'homme était sur le point de se donner la mort avant qu'un ange ténébreux fasse sa divine apparition sur une plage. Drôle d'endroit pour un coup de foudre : la demoiselle, amnésique, ne se souvient plus de rien. L'homme profite de ce subterfuge pour devenir son petit ami de quatre ans et joue de cette absence de mémoire pour fomenter un passé à la miss déboussolée. Les deux amants, agités par des instincts mortifères, conjuguent leur désarroi en simulant cette histoire d'amour inventée de toute pièce où l'un crée le passé de l'autre. Progressivement, des éléments antagonistes viennent semer le trouble et complexifier l'écheveau à l'argument romanesque : qui est qui ? Qui manipule ? Qui ment ? Qui simule ? Qui désire ? D'autant que dans la profondeur de champ du camping de L'écureuil rouge (lieu où les deux protagonistes viennent chercher un peu de quiétude) errent peut-être un tueur en série et surtout un enfant friand d'hypnotisme.
Julio Medem adore par-dessus tout les histoires d'amour bigger than life avec un peu de psychanalyse, de romantisme échevelé, de symbolisme et de grands tourments narratifs : les amoureux séparés dont la distance corporelle n'a jamais refroidi le coeur toujours ardent (Les amants du cercle polaire), la demoiselle endeuillée qui plonge dans le récit insulaire et érotique de son chéri romancier (Lucia y el sexo). Fertile en retournements de situation, terrain de passions exacerbées, L'écureuil rouge, quelque part entre mélo sensuel et polar ironique avec des écarts gores et des relents de fable onirique, souvent - pour le meilleur - à la lisière de la parodie et du grand guignol, constitue l'occasion sure d'expérimenter ce domaine de manière immense.
A l'époque, Medem, formaliste qui n'oeuvre pas que l'esthétisation creuse (n'en déplaisent aux vils réducteurs), confirme toutes les promesses de Vacas, de la beauté esthétique qui stimule les mirettes aux personnages aux identités morcelées qui cherchent à fuir le passé - et ainsi une réalité invivable - par le mensonge. Au gré de ce récit mystérieux et identitaire qui multiplie les fausses pistes de manière amusée et amusante, les réminiscences et les embrasements sensuels s'entrecroisent dans une fragile harmonie, toujours menacée par la crise de nerfs, la découverte de la mystification ou la rupture psychologique.
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