

Qu'est ce qui vous a amené vers ce récit, un ressentiment personnel ?
Des souvenirs personnels effectivement, même si je ne crois pas à l'autobiographie. On prend des morceaux de sa vie, on les assemble puis on les dépasse pour en faire un film, et il me semble important que l'on ne sente pas l'auteur qui se cache derrière le scénario, derrière la caméra. J'ai traversé une situation assez conflictuelle avec mon frère et ma mère, lorsqu'il a fallu aborder la question de la vente de notre maison familiale, mais nous avons finalement réussi à régler le problème assez calmement. Quand je me suis retrouvé dans la position de pouvoir décider à la place de ma mère, je me suis senti très mal à l'aise, c'était un pouvoir que je ne désirais surtout pas avoir, que je jugeais indécent. J'espère que les spectateurs se retrouveront dans ce film, que j'ai voulu pudique afin que l'inconscient de l'oeuvre rentre en connexion directe avec l'inconscient du spectateur. J'aime ce métier car on prend le risque de partager des émotions, une réflexion avec le public. C'est un jeu en fait. Quand j'étais plus jeune, j'étais assez renfermé et je me souviens que je le moment où nous parlions le plus à la maison, c'était pendant le film du lundi soir à la télévision. Nous commentions le film et, au travers du sujet traité, nous abordions parfois des problèmes qui nous concernaient. C'est pour cette raison que j'ai eu envie de faire ce métier.
Vous filmez souvent vos personnages lorsqu'ils sont à table, des séquences souvent assez conflictuelles, des instants sur lesquels les échanges se cristallisent pour vous ?
Nue Propriété est une histoire banale et je ne voulais pas en faire un film trop psychologique. J'ai beaucoup réfléchi à la manière d'éviter cet écueil, et je trouvais que montrer des gens en train de manger en dévoilait beaucoup plus sur eux que les dialogues. Je ne pense pas qu'il faille forcément communiquer pour mieux vivre. Les problématiques de la vie sont beaucoup plus complexes. Aujourd'hui nous sommes dans une période de communication et je pense qu'on en dit souvent trop.

Ces scènes de repas vous ont-elles permis également de scander votre mise en scène ?
Oui, car c'est un lieu de rassemblement. Cette femme est martyrisée par ses enfants. Mais, en même temps, c'est elle qui les a élevés. J'entends beaucoup de parents se demander ce qu'ils ont pu faire pour avoir des enfants pareils, finalement c'est une très bonne question, mais pas forcément dans le sens où eux l'entendent. J'aimerais que les spectateurs sortent du film en se demandant ce qu'il a manqué à cette famille pour que tout se passe bien. Ils pourront peut-être en tirer certaines conclusions pour eux-mêmes.
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