

Pourquoi avoir choisi de quitter Marseille pour l'Arménie, pour vous rapprocher de vos origines ?
Je suis effectivement d'origine Arménienne, donc certainement plus attiré par ce pays que par un autre, mais, en fait j'ai été surtout sollicité il y a quelques années pour présenter en Arménie une rétrospective de mes films et j'ai été particulièrement surpris par l'accueil des gens sur place, ils me connaissaient, m'abordaient, me remerciaient d'être là, d'avoir fait mes films. C'est un peuple très affectueux, très reconnaissant envers ceux qui les aident, certainement parce que depuis des siècles c'est un peuple déchiré, écartelé. Ils ont du coup une sorte de pédagogie de la gentillesse, de l'hospitalité assez impressionnante et ce fut pour moi et pour Ariane Ascaride qui m'accompagnait une expérience très émouvante et c'est à ce moment là qu'ils nous ont sollicité pour réaliser un film sur l'Arménie, la nouvelle Arménie indépendante depuis 1991. C'est un film qui est donc quasiment une commande du public arménien. L'idée nous a troublé et le projet s'est imposé progressivement.
Ils vous ont précisé ce qui les touchait dans vos films ?
S'il y avait parfois quelques clins d'oeils dans mes films relatifs à mon statut d'Arménien, je n'avais alors effectivement encore jamais tourné de films sur la culture arménienne, leur intérêt pouvait donc paraître surprenant. Je pense que c'est tout simplement ce qu'il ressort de mon cinéma, je ne sais pas trop comment le définir, un cinéma humaniste, d'acteurs, ancré dans l'histoire, un cinéma à la fois de dénonciations et d'encouragements.

Ce parcours que fait cette femme, qui passe du statut de touriste peu impliqué à celui de figure engagée découvrant ce qui se passe derrière certaines barrières touristiques, c'est un parcours que vous avez fait vous-même ?
Pas aussi fortement, un peu oui, évidemment. Les films exagèrent toujours une certaine réalité. Je n'ai pas eu la même attitude, mais j'ai effectivement pensé longtemps que les appartenances, autres que sociales, n'étaient pas forcément importantes. Je considérais que le monde était divisé entre les riches et les pauvres, peu importe qu'ils soient ensuite Arméniens Turcs, Palestiniens ou Israéliens... Au fond, je pense toujours la même chose, mais je crois que l'appartenance culturelle en revanche reste un facteur primordial et qu'il faut la prendre en considération. C'est avoir une mauvaise conception de l'intégration que d'imaginer qu'elle peut se faire sans s'attacher aux origines ethniques, religieuses, culturelles d'une personne, je trouvais qu'il était temps d'y revenir. J'ai moi-même eu une attitude quelque peu négative par rapport à mes propres origines, je ne les ai pas reniées, mais je ne m'en souciais tout simplement pas, cela restait pour moi très secondaire. Je crois aujourd'hui qu'il ne faut pas hiérarchiser ces questions.
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