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INTERVIEW PHILIPPE LIORET (JE VAIS BIEN NE T'EN FAIS PAS)

    Quelques jours avant la Cérémonie des Césars, Philippe Lioret nous a accordé une interview par téléphone. L'occasion d'évoquer avec lui entre autre son métier, son amour des acteurs, l'importance qu'il accorde au support dvd, et de dresser un premier bilan sur son oeuvre cinématographique à l'heure de la sortie en dvd le 8 mars du bouleversant Je vais bien, ne t'en fais pas et du coffret réunissant l'intégralité de ses long métrages.

Vous avez à votre actif plusieurs courts-métrages et cinq longs métrages, vous tournez à un rythme d'un film tous les trois ans, qu'est-ce qui vous motive à écrire une histoire et à la mettre en scène, qu'est-ce qui fait que votre choix va se porter sur un sujet plutôt qu'un autre ?
Voilà une question que je me pose tous les jours : pourquoi cette histoire et pas une autre ? Je ne sais pas. Je vais vous répondre par le lieu commun habituel : ce n'est pas moi qui choisit les histoires mais ce sont elles qui me choisissent. Une phrase toute faite mais dans laquelle il y a sûrement une part de bon sens. J'ai besoin de me faire embarquer par une histoire, de me lever le matin avec une envie "grosse comme ça" de me mettre en face de ma machine pour l'écrire. Faire un film demande un tel engagement qu'il faut vraiment avoir cette grosse envie. Parfois un sujet s'impose... En ce qui concerne Je vais bien, ne t'en fais pas, ce qui a été vraiment le déclencheur c'est d'avoir imaginé un regard entre Loïc, le frère de Lili qui est parti, et son père, lequel regard a probablement été le même que celui qu'on a pu échanger, mon père et moi, il y a quelques années, un soir où il y avait entre nous cette incapacité à communiquer. D'avoir retrouvé ça dans le roman d'Olivier m'a décidé à adapter son livre et à en faire le film.


Vous qui avez été ingénieur du son, votre premier métier dans le cinéma, qu'est-ce qui vous a fait passer de ce métier à celui de réalisateur ? Aviez-vous un besoin majeur de vous exprimer qui passait par la réalisation ?
J'ai toujours voulu faire du cinéma. J'étais tout jeune, en terminale, lorsque mon cousin m'a appelé en me disant qu'il connaissait quelqu'un qui cherchait un stagiaire au son sur un film. Je ne connaissais rien ni personne dans ce monde là. Mon cousin était caméraman pour la télévision, je le regardais avec de grands yeux, fasciné par ce métier. J'allais au cinéma tout le temps, j'ai tout appris grâce à Patrick Brion et à son ciné-club du vendredi soir. Tout vient de là.

Que s'est-il passé ensuite ?
Je me suis donc retrouvé sur ce plateau à faire du son et j'ai appris ce métier sur le tas. Là, j'ai vite compris qu'il était le prolongement exact de la mise en scène puisque les metteurs en scène se sont tournés vers moi pour me demander si ça sonnait juste. J'étais donc au coeur de la mise en scène, "au coeur du mystère". J'ai appris à écouter les dialogues, les rythmes des acteurs, j'étais curieux de tout, constamment le nez fourré derrière la caméra. J'ai disséqué les scénarios par petits bouts puis, un jour, après avoir tourné plusieurs films avec des gens formidables comme Michel Deville, Robert Altman, l'envie s'est installée en douceur et ne m'a plus quitté. Le grand déclencheur a été ma rencontre avec Alfred Merhan, ce type qui vivait à Roissy depuis des années, qui ne pouvait pas entrer en France ni en repartir. J'ai trouvé dans son histoire une métaphore formidable sur l'identité, la nationalité. Il y avait une dimension politique et poétique qui me plaisait. Je me suis mis à écrire et ce sujet ne m'a pas lâché pendant un an, je n'ai plus fait que ça. C'est d'ailleurs un encouragement pour tous les jeunes qui veulent faire un film : il faut écrire un scénario et lui tordre le coup jusqu'à ce qu'il rende son jus ultime. Après ça, c'est (presque) facile. Tout le monde court après les bons scénarios.


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HellJohn Un bon gars    07 mars
 


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