A propos de la
Collection films noirs de la Warner (Coffret métal 5 DVD contenant
Guerre au crime, Furie, Le Révolté, Un Meurtre sans importance et La Dame du lac) et
Les Introuvables de la Collection Wild Side (La Brigade du suicide, Marché de brutes, Sang et or, Association criminelle, Double énigme et L'Enfer de la corruption)
Durant l'été 1946 sortent en France un nombre affolant de films américains interdits sous l'occupation. En un seul mois, les cinéphiles français vont découvrir coup sur coup
Assurance sur la mort de Billy Wilder,
La Femme au portrait de Fritz Lang,
Adieu ma belle d'Edward Dmytryk,
Laura d'Otto Preminger et
Le Faucon maltais de John Huston. Ces cinq classiques de ce que les américains appellent alors le "thriller" vont hériter chez nous du qualificatif "film noir". En 1955 paraît Le Panorama du Film noir américain de Raymond Borde et Etienne Chaumeton, ouvrage de référence qui tente de cerner l'esprit, l'esthétique et l'idéologie de ce courant. Et dès cette époque va s'installer l'idée persistante que ce genre précis, le film noir, est né des influences croisées du thriller classique et de l'apport des cinéastes allemands qui avaient fui le nazisme (Wilder, Lang, Dmytryk, Preminger, mais aussi Robert Siodmak, Curtis Bernhard, sans parler des comédiens tels que Peter Lorre etc.). Dès lors, beaucoup accorderont à l'influence de l'expressionnisme allemand sur le film noir un rôle démesuré.

La sortie en DVD de multiples oeuvres assimilées à ce courant permet de voir à quel point l'expression "film noir" est finalement peu précise, et combien plusieurs codes assimilés à ce genre ont d'abord été formulés dans le film de gangster, le film de prison ou le polar traditionnel.
Le
Guerre au crime (1936) de William Keighley, par exemple, est assez emblématique de ce genre de confusions, puisque l'oeuvre est tour à tour classée en tant que film criminel, drame, thriller, policier, et aujourd'hui dispo en France dans un coffret "noir" alors que la Warner l'exploite aux Etats-Unis sous le label "tough guy collection".
Guerre au crime parut pourtant aux yeux du public d'origine en tant que film gangster, même si le genre était alors officiellement "enterré" pour cause de pressions délirante des commissions de censure et autres lobbies de la morale protestante la plus rigide (ceux-là même qui, en prohibant l'alcool, avait créé le nouveau gangster, mais bon, passons...). Cherchant à s'extraire de son rôle trop marquant de caïd du
Petit César, Edward G. Robinson enchaîna deux films pour le cinéaste William Keighley en passant de l'autre côté de la barrière, à savoir
Les Hors-la-loi, sorti l'année précédente et où il avait pour partenaire l'autre ex-caïd James Cagney, et ce
Guerre au crime, où il interprète un détective undercover infiltrant le milieu des racketteurs professionnels, et fait face cette fois à Humphrey Bogart dans sa période "fou - maniaque dangereux - grimaçant". Film policier de prime abord donc, mais
Guerre au crime est totalement assimilé au genre gangster dans sa description d'une cité sous l'emprise de la corruption absolue, et bien évidemment les méthodes et le bagout qu'emploie le héros pour infiltrer la pègre rappellent trop les sagas du gangstérisme qui avaient débuté la décennie, quand bien même le film condamne avec un aplomb hypocrite tous les voyous qu'il met en scène (armée du Code Hayes, la Justice surveillait alors de près ces films à sujet sensible). Et c'est en partie cette ambiance politique qui présida à la création de la comédie Un Meurtre sans importance (1938), de Lloyd Bacon. Jouant toujours de son image de Petit César, Edward G. Robinson y interprète un ex-trafiquant d'alcool qui, au sortir de la prohibition, espère conserver sa clientèle autrefois hors-la-loi et aujourd'hui simplement citoyenne, mais réalise que la bière qu'il vendait autrefois à prix d'or est tout bonnement infecte. A travers un enchaînement de quiproquos et de situations absurdes, Lloyd Bacon cumule les clins d'oeil aux grands films de gangsters (orphelinats des
Anges aux figures sales, of course
Le Petit César etc.) avec suffisamment de distance cynique pour ne pas s'exposer aux foudres conservatrices.