
300
Un film de Zack Snyder
Avec Gerard Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro
Durée : 1h55
Date de sortie : 21 mars 2007

L'essentiel de l'intrigue se concentre sur le choix stratégique de Léonidas, chef des Spartiates, qui, contre l'avis de l'oracle et du conseil, s'attaqua aux armées de l'envahisseur perse, attirant les hordes de Xerxès dans le goulot d'étranglement que formait le défilé des Thermopyles. À la tête de 300 hommes seulement, mais animé d'une détermination animale et fort de l'éducation de son peuple, tout entière tournée vers le combat, Leonidas s'apprête à entrer dans l'Histoire...
C'est donc un film énorme, à tous les sens du terme : depuis la saturation des couleurs jusqu'à l'amplification des voix, en passant par les musculatures des combattants ou les difformités des monstres peuplant les champs de bataille, tout est excès, Snyder semblant appliquer à son film les valeurs chères aux Spartiates : l'orgueil, la force et le courage jusqu'au sacrifice. Il faut en effet pas mal d'audace pour imposer une telle vision de l'Antiquité, qui a plus à voir avec le folklore viking ou l'Enfer de Jérôme Bosch qu'avec le réalisme de Gladiator. On est clairement dans l'univers de la légende, comme le souligne le recours à des cieux factices, des prêtres au look de sorcières ou des bossus tout droit sortis du bestiaire de la Cour des miracles.

Autant cette esthétique kitsch peine à convaincre dans les scènes qui précèdent la bataille, autant elle s'impose dès qu'il s'agit de plonger au coeur du combat. Snyder rappelle à cette occasion qu'il a fait ses armes sur le film de zombies, en gardant manifestement un goût prononcé pour les têtes coupées et les membres arrachés. Toutefois, cette débauche gore est cohérente avec la violence des corps à corps très graphiques, filmés à coups de ralentis et de très gros plans.
Au passage, on retient l'intelligence des formations de phalanges, capables de résister à une pluie de flèches autant qu'à la charge de guerriers improprement surnommés « Les Immortels ». La force picturale dégagée par la séquence de la tempête et la fabrication d'un mur de cadavres est tout simplement saisissante, au même titre que la fierté affichée par les hoplites de Leonidas à mourir dignement au combat.

Cet entêtement jusqu'au sacrifice a valu à 300 de se voir taxé de film facho à Berlin : il suffit pourtant de connaître les bases de la culture spartiate - rappelez-vous l'épisode du renard rapporté par Plutarque *- pour savoir que la mort sur le champ de bataille constituait effectivement un honneur chez ce peuple de guerriers. Même si l'on accroche moins au portrait qui est donné de Xerxès - superbe icône gay - on est sincèrement épaté par l'extrême spectaculaire de l'ensemble, certes peu orthodoxe, mais franchement cinématographique.
Mathilde Lorit
*Symbole de la rigueur de l'éducation spartiate, l'épisode raconte comment un enfant qui avait volé un renardeau, caché dans son manteau, se laissa, pour ne pas être pris, déchirer le ventre par les griffes et les dents de l'animal : il en mourut.
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