
BLACK SNAKE MOAN
Un film de Craig Brewer
Avec Samuel L. Jackson, Christina Ricci, Justin Timberlake
Durée : 1h56
Date de sortie : 30 Mai 2007

Confessons-le à ceux qui se posent la question : le label Blaxploitation ne constitue que l'écume d'un faux film de genre totalement surprenant d'un bout à l'autre. Avec son serpent du désir échappé du jardin d'Eden, son geôlier gourou et son héroïne nympho en plein dénuement zinzin, Black Snake Moan, de Craig Brewer, part de formules éprouvées pour expérimenter avec panache et retourner comme des crêpes tous les préjugés. Au commencement, deux personnages introduits dans le récit par la grâce d'un montage parallèle. D'un côté, une demoiselle (Christina Ricci) échappée de l'univers de Gregg Araki qui traîne son allure provoc en piquant des clopes dans le paquet rangé dans son short en jean ultra serré avant de faire un doigt d'honneur à ceux qu'elle irrite ; de l'autre, un brave homme (Samuel L. Jackson) pas totalement remis de la séparation avec sa femme qui n'a plus la force d'aimer à nouveau. Un soir, après une soirée qui a mal tourné, la première est abandonnée sur une route, inconsciente et quasiment nue, avant d'être recueillie le lendemain par le second. Qui l'emmène chez lui, la soigne et finit par la séquestrer. Et chut sur la suite.
Imaginez un mélange improbable entre Melvin Van Peebles et Hal Hartley et vous obtenez ce film génialissime, impoli et un peu acide, où quasiment tous les personnages - névrosés - cherchent une rédemption morale et sentimentale. Imaginez surtout que le désir finisse par pénétrer dans un enfer terrestre grâce au pouvoir transcendantal de la musique. De manière totalement inattendue, Craig Brewer change de direction scénaristique tous les quarts d'heure, plaide l'ouverture d'esprit et cherche des poux aux trajectoires académiques. Résultat : il s'est visiblement mis en tête de ne pas réaliser le film fantasmé avec un tel synopsis et de privilégier les dérapages. Un long plan montrant l'héroïne qui voit son copain partir et cède nerveusement à l'envie frénétique de se masturber pour raviver un manque insondable témoigne d'emblée d'une volonté de cerner des tempêtes psychologiques.

Idéalement, les personnages, au départ ancrés dans les clichés les plus tenaces, bénéficient au fil du récit d'un traitement extrêmement subtil qu'il s'agisse de la nympho primesautière ou de l'homme rabougri qui va peut-être retrouver le goût de la vie en s'adonnant de nouveau aux délices abandonnées du blues. Un style musical où, comme le grunge plus tard, l'expression de la douleur a quelque chose de viscéralement cathartique. Dans une scène sublime, c'est elle qui prendra la guitare pour chanter à son tour et faire son propre exorcisme.
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