LE COIN DU CINEPHILE : DOOM GENERATION + NOWHERE (GREGG ARAKI)
"Doom Generation et Nowhere sont des exutoires revigorants entre brutalité hardcore et réflexions primesautières."
A ses débuts, Gregg Araki étudie le cinéma à l'université de Californie du Sud, influencé par le burlesque. Son premier film Three Bewildered People in the night, réalisé en 1987 en 16mm noir et blanc et tourné avec pas plus de 5000 dollars, raconte une romance entre une artiste vidéo, son amant et son ami gay. Déjà, on retrouve la forme du trio que l'on reverra dans quasiment tous ses films, de Doom Generation à Mysterious Skin ainsi qu'une thématique ouvertement tournée autour de la découverte de sa propre sexualité et panégyrique de la bisexualité décomplexée. Dans le milieu underground, ce court métrage est rapidement considéré comme culte. Il poursuit sur ce chemin en mettant en scène deux ans plus tard The Long Weekend (o'despair) qu'il produit, réalise, écrit, photographie et monte. Dans le sujet (des lycéens tout juste diplômés traînent leur ennui au cours d'une nuit très arrosée), on va retrouver le gouffre existentiel de Nowhere avec ses parties moroses où on écoute Trash de Suede et balade ce sentiment de gravité sous les faux sourires. Deux années passent: Gregg change brutalement de registre en narrant avec un nouveau court métrage The Living end, la terrible histoire de deux amants gays porteurs du virus HIV. Dépourvu d'une volonté de déconner pour le trash, la tonalité est placée sous le signe de la gravité totale. Et là, on pense à Mysterious Skin, la rupture de ton impressionnante avec les précédents films du cinéaste qui après nous avoir fait rire et heurté, cherche à nous émouvoir au plus profond.

Réalisé un an après le court-métrage susmentionné, Totally f***ed up s'impose comme le premier volet de la trilogie de l'apocalypse adolescente bientôt complétée par les immenses Doom Generation et Nowhere. Authentique phénomène avant d'être déconsidéré par la suite par ceux qui l'avaient porté au pinacle (Mysterious Skin sonnant ainsi comme une petite revanche sur le passé), Araki est considéré comme la révélation du cinéma indépendant américain - certains parlent même de nouveau Gus Van Sant - et bénéficie d'une aura aussi considérable qu'Hal Hartley à l'époque (ce qui n'est pas rien). Ses films n'ont pourtant rien pour flatter l'Intelligentsia : potaches, cruels, transgressifs, sulfureux et simplets, ils sont essentiellement destinés à un public adolescent gavé par Shannen Doherty ou Tori Spelling.
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INTERVIEW : GREGG ARAKI En France Gregg Araki n'est connu que d'une poignée de cinéphiles, majoritaire... | ||
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